Margaret Buckner

  • En 1963, Éric de Dampierre publiait Poètes nzakara (tome I), le premier ouvrage de la collection Classiques africains. Ce volume comprenait la première moitié d'une soixantaine de poèmes - c'est-à-dire, des chants accompagnés à la harpe - recueillis entre 1958 et 1965 dans divers villages nzakara de l'est de la RCA. Les poètes chantent comme chantaient leurs aïeuls à la cour royale, offrant commentaires piquants, souvent voilés, sur les princes et leurs conseillers. Ils chantent aussi leur impuissance devant le Destin, leur désespoir devant la colonisation - aussi bien européenne que bandia -, la perfidie des femmes, et la certitude de la mort. Voici, cinquante ans après, l'autre moitié de ce recueil de poèmes. Les voix des poètes sont sûrement éteintes, mais les paroles vivent dans ces pages. Aux vingt-huit poèmes faisant suite à ceux publiés dans le tome I, ont été ajoutés trois longs poèmes de l'un de ces poètes, qui furent enregistrés quelques années plus tard. Ces enregistrements peuvent être écoutés sur le site du CREM (Centre de recherche en ethnomusicologie, Nanterre, Paris X). Ainsi, le lecteur pourra apprécier l'art de ces hommes qui sont en fait aussi bien musiciens et compositeurs que poètes. Margaret Buckner, docteur en ethnologie (Langage et Société) est professeur en anthropologie à Missouri State University (Springfield, Missouri, USA). Elle a aussi exercé en tant qu'enseignante au lycée de Bangassou (RCA) et chercheuse en anthropologie médicale en Guinée-Bissau.

  • Les « récits du Touré », constituent le genre le plus important de la littérature orale chez les sociétés zandé et nzakara ; ce sont des chantefables dont le personnage principal, Touré le « Farceur », toujours drôle, imprévisible, parfois sublime et inventant les ruses les plus ingénieuses, rompt avec toutes les règles fondamentales de la société (filiation, alliance, hospitalité...), nargue les représentants du pouvoir traditionnel (chef, devin) et... tantôt perd, tantôt gagne ; les dénouements des intrigues varient en effet à l'infini mais illustrent toujours le rôle qui définit ce personnage : celui de nier les convenances, l'autorité et... le destin.

    Les parties chantées ont des structures et des fonctions précises, certaines marquant le passage du monde ordinaire à un registre de causalité surnaturelle ; ainsi, au-delà de leur rôle dans la cohérence interne du récit, elles servent aussi « d'embrayeur » pour transporter l'auditoire dans le monde imaginaire.

    Sont ici présentés trente-six récits représentatifs d'un corpus de plus de six cents (publiés et inédits), issus de différentes régions du pays zandé (République Centrafricaine, Soudan du Sud et République Démocratique du Congo) et recueillis à différentes époques (entre 1920 et 1988).

    Leur « mise en voix » par les conteurs en fait de véritables petites pièces de théâtre mettant en scène personnages et actions et entraînant l'auditoire dans l'espace et le temps du récit. Aussi ces performances sont-elles accessibles sur le site des Archives sonores CNRS-Musée de l'Homme.

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