Le Quartanier

  • L'instruction

    Antoine Brea

    Patrice Favre a suivi les traces de son père magistrat. Sorti d'école, il est nommé temporairement juge d'instruction en banlieue parisienne. On observe les débuts de Favre, ses premières audiences au Palais de justice, ses investigations dans le cas criminel où son prédécesseur - Herzog, un magistrat décati, énigmatique - s'est épuisé avant de se donner la mort.
    Mais Favre sera bientôt renvoyé à ses dilemmes, à ses choix de vie, à sa propre histoire familiale et au récit national trouble, à toute la comédie sociale qu'il faut jouer pour tenir le rang dans son milieu et son métier.
    Roman empruntant parfois au documentaire, manière d'anti-polar, L'instruction questionne avec inquiétude la société française contemporaine à travers le prisme technocratique, judiciaire, carcéral et policier.

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  • Tu quitteras sans retour la ville dévastée pour t'enfoncer dans la forêt. Tu marcheras vers le nord. Tu fuiras la lumière et tomberas du côté foisonnant du miroir. Tu verras, encore debout, les animaux et les plantes. Eux aussi te verront. Car ce livre est un pont, une cassure, une allégorie qui se replie sur elle-même. Un exil, une résistance. Tu fuiras et, dans ta fuite, tu entremêleras ta destinée à celle d'autres humains.
    Avec eux, tu lutteras contre le froid, la faim, la promiscuité, les pilleurs. Bientôt vous ne serez plus qu'un noyau minuscule dans l'immensité des plateaux de gneiss mangés par les aulnes et le myrique baumier. Avec eux, tu devras tout reconstruire. Dans les glaces brisées du territoire, tu croiseras peut-être un reflet autre. Affûte tes lames et pars. Le monde est une gorge à trancher.

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  • A l'école, quand on nous demandait ce que nos parents faisaient dans la vie, je n'avais rien à répondre, car mes parents ne faisaient rien. Ce n'était pas leur faute. Je ne comprenais pas pourquoi ils avaient fait un enfant. Ils m'ont eue, mais nous avons failli être deux. Souvent je me dis qu'ensemble il aurait été plus facile de vivre avec eux, d'obéir à ceux qui ne désiraient rien créer. A la place, je suis deux.
    Je ne peux ni te libérer, ni t'avaler pour de bon. J'ai dû apprendre. J'ai grandi avec toi, je suis partie avec toi, vers une lumière que moi seule arrive à voir. Ce n'est pas juste, mais c'était la seule solution.

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  • Vie nouvelle

    Michaël Trahan

    Il est dans ce livre question d'entrer dans une image. Cette image est une vie, un théâtre coupé en deux. Au milieu, il y a une forêt et il y a la nuit. Il y a aussi une rivière et une salle de cinéma. Quelqu'un entre dans la chambre et s'installe devant le miroir pour lire un roman d'amour. Personne d'autre ne vient. Au matin, on ne sait plus très bien comment sortir. On le regrette. On doit dire la vérité.
    Peut-être est-il temps d'apprendre à vivre. L'idée est belle, et la beauté compte, mais on s'attache facilement à ce qui nous encercle. On cherche une histoire bleue comme le ciel et on écrit un poème interminable. Il faut aller jusqu'au bout. Le rideau est lourd, on n'y arrivera jamais. La douleur est lente. A la fin, un enfant apparaît. C'est mon fils. Il dort dans la clairière. Vie nouvelle est un livre d'éducation sentimentale.
    Je l'ai écrit comme on choisit une vie.

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  • Le Quartanier réédite Corps étranger, de Catherine Lalonde, qui a remporté en 2008 le prix Émile-Nelligan. Cette oeuvre confronte désir et sauvagerie, lyrisme et prosaïsme, s'adressant à ce qui excède, à l'autre, à ce qui fait mal, la parole s'incarnant au coeur de la rencontre sexuelle. Impossible de ne pas mesurer, plus de dix ans après la parution du livre aux éditions Québec Amérique, toute la puissance de cette langue, inventive et riche d'une tradition poétique québécoise reprise à son compte et au plus près du corps. La poète se donne par nécessité cette langue propre, c'est-à-dire sale, poétique, vulgaire, sublime, la langue de la mauvaise fille mauvaise héritière, dont le corps, la douleur, la jouissance, la mémoire et tant de noms de femme ont un impérieux besoin - pas moins aujourd'hui qu'hier.

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  • Lutterie électrique est un livre qui porte sur des questions de poétique propres au travail du poète Samuel Rochery. Il prend la forme d'un échange entre Steve Savage et l'auteur, afin d'élucider les raisons, parfois simplement les causes, d'une position qui peut s'entendre comme la fabrication d'un instrument de lutte, fût-ce avec les moyens du bord, pour que puisse passer un courant dans la langue - au-delà de ce qu'on range déjà sous le nom de littérature. On y cherchera à savoir comment s'articule l'improvisation à l'idée du livre achevé, pourquoi et comment lier la musique rock à la poésie, en quel sens une figurine peut remplacer le personnage littéraire, en quoi le poète est lyrique (comme tout le monde), et que son lyrisme, il lui appartient d'en faire autre chose.

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  • Tubes et odes réunit deux livres parus en 2007 et 2009. Ils ont un point commun que cette réédition permet d'estimer: le besoin de bien déchanter, là où les airs fameux (qu'on appelle tubes ou hits, dans la chanson) et les modes traditionnels de la poésie (le mode lyrique de l'ode, en l'occurrence) offrent peu de marge de manoeuvre pour la pensée d'une instrumentation personnelle. Or, il existe des poètes, et des éditeurs, pour qui avoir tous les canons de la poésie admise à portée de main ne suffit pas: il leur faut surtout les moyens du bord, ceux d'une conduite capable de déplacer la lecture et l'attention, dans ce qui continue d'importer et d'élargir notre monde. Cette réédition, c'est l'histoire du bourdonnement d'un petit ampli, qui n'a rien à envier aux chants de l'unisson.

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  • Jeanne commence à perdre du sang après que son amoureux l'a quittée au milieu de l'hiver. Elle est si vulnérable qu'elle demande à cet homme tourmenté de revenir dans sa vie ; il l'accompagne à l'hôpital, l'aide à s'occuper de ses enfants. Elle n'a personne d'autre. Durant six semaines, qui passent comme un cauchemar, se succèdent les hémorragies et les interventions médicales. A la déshumanisation que subit Jeanne au département d'obstétrique et de gynécologie se superpose la violence psychologique de l'ancien amoureux.
    Ce très court roman, fulgurant et limpide, est la lettre qu'elle lui adresse pour reconstituer son histoire, avec une exigence de rigueur quasi-documentaire, et pour reprendre possession de son corps à jamais transformé.

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  • La morte

    Mathieu Arsenault

    Ma meilleure amie, Vickie Gendreau, était écrivaine. Elle est morte d'une tumeur au cerveau, à l'âge de vingt-quatre ans, après m'avoir légué ses archives. Deux ans après sa mort, quelque chose a commencé à apparaître dans mes rêves. J'ai eu l'impression que cette chose m'appelait, qu'elle voulait que j'aille la chercher au royaume des morts pour la ramener dans la littérature, où elle se sentait chez elle.
    Mais je me suis aperçu que cette chose que j'ai cru entendre n'était pas tout à fait Vickie. Je l'ai appelée la morte. Ce livre est le récit spéculatif d'une expérience personnelle. Il explore le phénomène des fantômes depuis une perspective éthique, loin de la psychologie du deuil, et loin des traditions occultes, ésotériques et religieuses, dans lesquelles les fantômes sont maintenus de force. Il affirme la nécessité de trouver comment se mettre à l'écoute des morts qui parlent au plus profond de soi.

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  • Ouvrir son coeur raconte l'amitié conflictuelle entre Alexie et Fannie dans une petite ville industrielle du Québec. Elles ont en commun la maladie et les opérations subies en bas âge. L'une souffre d'un strabisme sévère, et l'autre est née bleue. La première, défiante, sent que quelque chose ne va pas avec elle, et la seconde est une enfant solaire aimée de tous. L'une devient écrivaine, et l'autre meurt à dix-huit ans, pendant l'opération qui aurait dû lui sauver la vie. Avec ce premier roman, Alexie Morin éprouve les limites de la mémoire. Elle raconte la honte, la solitude, la colère d'une enfant et d'une adolescente convaincue que personne ne peut l'aimer. Elle raconte sa fuite vers Montréal, qui n'arrange rien, et ce mystère fugitif, magnifique, qui dès la naissance précède la mort.

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  • Récapitulons. Nous savons comment Simone a rencontré celui qui deviendra, pour un temps, son quatrième mari. Nous connaissons le métier de Simone (dessinatrice), nous connaissons son âge (elle ne les fait pas), ses moeurs (comment dire ?), ses amitiés (une fameuse ribambelle), ses habitudes (de casanière contrariée). Nous avons appris sur elle des choses que sans doute elle ignorait elle-même. Il nous reste seulement à comprendre le rôle qu'elle a joué dans la célèbre affaire du diamant de Port-Merveille.

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  • Tout commence quand Arthur, dix ans, trouve de la crème glacée dans la neige, et que trois petits voyous, les RJ, lui cassent la gueule. Arthur se sauve et se réfugie dans une école désaffectée, où il tombe sur Choukri, alias Barbe bleue, dandy schizophrène et premier citoyen de la commune d'Hochelaga. Là vit du monde qui veut changer le monde. Arthur se met à revendre ses médicaments dans la cour d'école ; avec son ami Styve, il se lance dans le trafic de pilules pour financer la révolution. La vie se transforme : le mois de mars rallonge, des barricades de neige hautes comme des maisons apparaissent dans les rues du quartier, on creuse des tunnels sous la ville et on joue au golf sur les glaces du fleuve. La police va finir par s'en mêler, c'est sûr, mais rien ne peut plus les arrêter.

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  • Ciguë

    Annie Lafleur

    Avaleuse d'eau mortelle, aux abois, tombée de la branche, elle cuve au vent son poison, son philtre, sa drogue, son remède, et retrouve au sol son frère guéri par la foudre. Le pacte est scellé et l'odyssée commence, contre la mort toute-puissante criée à l'oreille. Corps lancés, gueule ouverte, dans les forêts, les coulées, les ravins, franchissant les barrages la tête au ciel. Corps excités par une langue addictive et haletante, par une langue qui donne à la vie une soif égale à la sienne. Qui boira la ciguë, qui mourra de la soif, qui vivra verra.

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  • Mirabilia, c'est, au Moyen Âge, un répertoire de choses exotiques et incroyables, des choses vraies à la limite du possible, c'est aussi l'autre nom de la réalité, mais une réalité qui ne peut plus être dissociée de soi, qui nous réfléchit, dont nous sommes les merveilleuses déformations, avec nos cas limites, la planète en feu et le noir absolu, le règne sous-jacent d'une détresse qui donne envie de mourir alors qu'on n'est pas certain d'exister, c'est un livre dont chaque poème est la strophe d'un long poème, et qui nous induit en vérité comme en erreur, nous perd dans un labyrinthe circulaire, nous réveille de nos vies comme on débusque une perdrix, qui n'a pas d'autre but que de nous faire entrer dans les images de notre identité secrète, cachée en plein jour.

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  • Quand mon père est mort, je n'ai pas hérité de boîtes pleines de documents et de lettres. Ses cendres ont été jetées à l'eau. Ses biens ont été donnés, détruits à la hâte. Sur les photos, il avait cette allure virile et négligée caractéristique des années soixante-dix. Il ne pouvait pas se mettre à table sans son couteau de poche et du pain. Il disait «il» à ceux qu'il aurait dû vouvoyer, parce qu'il refusait de se soumettre à leur supériorité de classe. Il était drôle et colérique. Il était sensible. Il fumait, il buvait; il n'a pas laissé grand-chose derrière lui. Je crois qu'il avait commencé à disparaître de son vivant déjà. Quand on a soulevé son corps, j'ai vu la légère empreinte qui creusait le drap, là où était posé son crâne. Puis elle s'est effacée, et le drap est redevenu lisse.

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  • Cassandre

    Catherine Lalonde

    Tu cherches dans l'affreux le petit-lait du monde la mamelle des rêves son jus noir tu bouffes de la terre comme une bête angoissée tu devances la tourbe qui t'ensevelira et pousse tout un royaume au fin fond de ta gorge tu presses entre tes crocs les pierres le sédiment d'histoire le mica des colères plus tard les pissenlits les faux foins te pousseront dans les yeux les restes dans ta bouche rance aux lendemains de veille un marc de folies où tu lis les venirs

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  • « Une heure plus tard, à la terrasse du Kelmann, pas loin du métro Hôtel de Ville, le coeur était à la révolte, les idées à la rébellion et les diabolos à la fraise. » Dans un esprit proche du feuilleton, mais d'un feuilleton au comique acide où se dérèg

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  • Je lis les nouvelles et un cabinet d'astrologie téléphone, je raccroche, n'ai jamais été croyant, sans doute un défaut, et puis on a déjà assez d'avenir comme ça. Le cancer nous guette, les abeilles en arrachent et l'univers refroidit. Je lis les pessimistes, je sors quand même. Je marche dans les rues et les parcs, je pense à l'effet Doppler, à Tracy disparue, à ces machins étranges que sont nos corps. Né au printemps je serais solaire, né la nuit je reste à la petite lumière, de toute façon je suis Gémeaux : vents, dualité, tout ça. On a beau voyager, on ne quitte jamais l'empire familier. On saisit des paroles au vol, l'esprit des insomniaques flotte dans le ciel de Rosemont, qui touche au ciel de Trois-Pistoles, au ciel de Lisbonne, à celui de partout enfin, qui s'offre à chacun.

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  • Pendant des années j'ai été hanté par les vagues, le ressac, le souvenir d'un corps happé par le fond des eaux. Je cherchais à épuiser un rêve qui ne m'appartenait pas. J'ai ainsi habité une photographie prise dans les années cinquante, puis oubliée ou perdue avant d'être développée. Quelqu'un en a découvert le négatif par hasard dans une brocante un demi-siècle plus tard. Une femme se tient debout sur la plage. Le soleil tombe, l'horizon est bleu, rose, mauve. La mer roule à ses pieds. La femme regarde au loin. C'est à peine si on voit le profil de son visage. Ce n'est pas vraiment une réponse. C'est une fiction de la disparition.
    C'est un requiem : un chant qui ouvre le calme pour les morts et les vivants. C'est la logique de l'encre poussée à sa vraie limite de chose vraie.

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  • Nom ? Ventriloquie. Prénom ? Label. L'identité du personnage général de ce livre fait aussi des fictions parlantes la marque de fabrique d'une poésie où, en un sens strictement labial cette fois, les paroles ne se lisent pas sur la bouche ni le visage du poète. Le poète est peu transparent, et son expression reste toujours à inventer. Une ventriloquie consiste à faire passer de la poésie nécessairement « difficile » en contrebande, tout en vous mettant la puce à l'oreille sur l'intérieur des marionnettes. Si Label Ventriloquie mise sur une curiosité essentielle de la lecture, c'est qu'on n'y boude pas le plaisir de partager une histoire de langage comme on devrait douter de « la littérature » de tout son coeur : petites formes essayistes, souvent verticales, que des enfants peuvent recouper, conférences-express imaginaires sur quelques ronrons poétiques contemporains, une incursion critique dans un art martial, fausses chroniques littéraires télévisées, cartes postales au sujet des contenances, et vers-vumètres à colorier.

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  • Navettes

    Charles Dionne

    Les visages se détachent des livres se penchent au-dessus du mien dans leurs yeux blancs luit un feu un signe une loi un feu comme tous les autres qui approchent et rasent des millions d'hectares qui ont rasé l'Australie la Californie les vieux pays une loi une folie Rome entière un feu pour dévorer la nuit

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  • Dying Lucy est couchée sur un lit d'hôpital, l'internet lui donne quarante jours à vivre. La petite Ophélie ne pense à rien d'autre, sinon à sa propre maladie. Sa mère, Sarah, a un nouvel amant, une sorte de monstre magique et silencieux qui cache un mystère, ou peut-être rien. Paul, lui, va tout perdre: sa blonde, sa fille et même sa mère, qui bientôt ne le reconnaîtra plus.
    Pourquoi nos vies sont-elles si décevantes, si dépourvues d'envergure? À Jersey, Victor Hugo dialogue avec l'esprit de Shakespeare; à Paris, André Breton exhume des trésors de son inconscient; à New York, Marcel Duchamp invente sa place dans l'histoire de l'art...
    Pourquoi ces grandeurs ne sont-elles plus à notre portée?

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  • Entre le conte de fées enragé et la reprise hallucinée des récits d'apprentissage, entre la forêt de Sainte-Amère-de-Laurentie et la grande ville électrique, La dévoration des fées raconte le sort de la p'tite, de Grand-maman et de Blanche absente. Mais le récit est ravalé par le chant, le mythe, la fantasmagorie, et une poésie féroce et primordiale hante la narration. oeuvre baroque et mal embouchée, La dévoration des fées est traversé de sortilèges crachés ou lyriques, dans une scansion affamée, bourrée jusqu'aux yeux de désir.

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