Jamel-Eddine Bencheikh

  • Dans le sud de l'Irak, pour restaurer l'unité du Califat, un prince-régent arbore le drapeau noir de sa dynastie, lève une armée nombreuse et donne l'assaut à ses adversaires chiites. La guerre, longue, brutale, chemine avec son cortège d'horreurs : têtes coupées, chefs crucifiés, femmes violées et gardées captives.
    Ces quelques lignes pourraient sembler d'une actualité récente. L'histoire que raconte « Rose noire sans parfum », pourtant, ne se situe pas dans le Moyen- Orient en lambeaux de ce xxie siècle naissant, mais longtemps, bien longtemps avant, au ixe siècle de notre ère. Durant près de quinze ans, de 869 à 883, l'empire abbasside est secoué par la révolte des Zandjs, ces esclaves originaires de l'Est de l'Afrique que l'on emploie, depuis plus d'un siècle déjà, pour rendre cultivables les marais du Bas-Euphrate. A leur tête, Ali ibn Muhammed, un personnage mystérieux, mi-prédicateur mi-chef de guerre, faux prophète dont on sait peu de choses. Face à lui, le régent Al-Muwaffaq et son fils dirigent l'armée califale.

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  • En Islam, le domaine de Dieu est inaccessible aux hommes sinon de par la volonté de Dieu lui-même et selon la lettre du Coran, texte de la Révélation, fondamental, nécessaire et suffisant.
    Les musulmans s'interdisent donc toute autre représentation du divin et singulièrement celles qui procèdent de l'imagination. C'est pourtant le Coran qui, par sa sourate XVII, ouvre une brèche dans cette interdiction " Gloire à celui qui a fait voyager de nuit son serviteur de la Mosquée sacrée à la Mosquée très éloignée dont nous avons béni l'enceinte, et ceci pour lui montrer certains de nos Signes.
    " La tradition populaire s'est autorisée de ces versets pour broder sur le thème d'un voyage fait en songe par le Prophète, de La Mecque à Jérusalem, puis dans les au-delà célestes et infernaux. Des moyens merveilleux, une échelle sublime (mi'radj) ou une monture prodigieuse, ailée, à visage féminin, conduisent jusqu'à Dieu, à travers les Cieux, font découvrir l'Enfer et permettent la rencontre d'Adam, des patriarches et des prophètes, d'Abraham à Jésus, en passant par Moïse.
    Les variantes attestées et écrites sont nombreuses, précisément parce qu'il s'agit de la seule ouverture sur l'imaginaire religieux. Et leur objectif est simple : convoqué à comparaître devant Dieu qui va prononcer sa légitimité, Mahomet franchit ces espaces utopiques accompagné et vénéré par tous les grands témoins du credo monothéiste. Dernier des Envoyés, il se trouve immédiatement confirmé dans sa supériorité sur tous les précédents.
    Ici, l'islam se fonde tout en célébrant sa primauté.
    Face à la variété des textes issus de ce que gardiens du temple et islamologues distingués traitent de " fatras et folklore matérialiste pour croyants médiocres aux appétits grossiers ", Jamel Eddine Bencheikh a réécrit, avec une magnifique sensibilité littéraire, l'une des versions, la plus étoffée, en l'enrichissant des autres de façon à restituer un récit poétique complet et dont l'homogénéité se justifie par l'unicité de la source d'inspiration.
    Il s'en explique dans une postface remarquable sous le titre de L'Aventure de la Parole. Ce faisant, il fait justice à un peuple musulman de plusieurs centaines de millions d'âmes pour qui ces représentations sont le corps de la foi. Si l'islam est aujourd'hui l'une des religions les plus répandues au monde, c'est aussi grâce à ces récits apocalyptiques. Sans doute leur popularité tient-elle à ce qu'ils donnent à voir.
    D'où, encore, leur succès auprès des miniaturistes. Car, telle est l'autre qualité de ce livre : un chatoiement d'images et de couleurs nées du texte et qui y trouvent immédiatement leur place. Rarement harmonie aura été aussi parfaite.

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  • Relire des écrits, qui courent sur quarante ans, revient à regarder le monde dans un miroir sans comprendre pourquoi son image est restée étrangement immobile : le passé semble nous contempler avec dérision et le futur avec ironie.
    Mais cela ne saurait nous figer dans l'immobilité du présent. Les textes qui jalonnent un temps vécu témoignent d'une respiration possible. De Julian Grimau et Puig Antich à Jean Sénac, Tahar Djaout et quelques autres ; du Chili à la Palestine, l'Iraq et au Maghreb, ces écrits se sont portés partout où se donnait la mort. Sans se réfugier dans l'utopie, il est loisible de lever les poings vers l'infini pour signifier la conjuration des malvivants, refuser toute servitude promise.
    À dessein, et depuis toujours, à l'écart des pouvoirs, n'ayant adhéré à aucune idéologie, l'auteur a émis publiquement ses opinions qui ne lui furent jamais dictées que par l'exigence de se mettre en accord avec lui-même.

  • Qu'est-ce qui fait des nuits un trésor de la culture mondiale, le lieu rêvé où parler et vivre ne sont que les moments d'une même vérité ? shéhérazade raconte des histoires à un roi pour le distraire du funeste projet qu'il a conçu d'épouser chaque soir une vierge et de la faire exécuter à l'aube.
    Mais comme, conte après conte, elle est toujours vivante et comme le roi reste si peu présent, on ne pense plus qu'à écouter l'aventure sans s'apercevoir que se mime l'affrontement d'un désir et d'une loi. le véritable événement précède la montée sur scène de la conteuse et dicte son langage : il s'agit du meurtre de deux reines. ce livre entreprend d'analyser la composition des contes et la génération des récits, de découvrir les rouages d'une machinerie, d'étudier la fonction des opérateurs, de mettre au jour l'organisation profonde d'un conte apparemment banal ou trompeur, de comprendre la stratégie subtile de ses significations.
    Car les mille et une nuits ne sont pas qu'une collection de récits distrayants. leur texte profond nous renvoie à un temps où la magie réglait encore les secrets de l'univers, de d'au-delà, de l'amour et de la mort. elles ravivent une mémoire très ancienne dont nul mieux que jamel eddine bencheikh, écrivain et linguiste à la double culture, n'était aujourd'hui armé pour déchiffrer la trace encore présente et délivrer la " parole prisonnière ".

  • Les Mille et Une Nuits ou le paradoxe : elles sont, au moins par leur nom et quelques contes, sur toutes les lèvres et dans toutes les mémoires, alors même que le mystère continue, par pans entiers, de les envelopper.
    Si l'on ne peut, en un seul livre, prétendre épuiser la nuit, ni les Nuits, ces trois éclairages convergents en illuminent l'insondable richesse.
    André Miquel s'attache à l'énigme, moins de l'apparition du recueil que de son effacement dans le corpus général des lettres arabes classiques. Autres problèmes : le lien entre le conte et la société, et le rôle joué par les lieux du récit, par le cadre, dans l'histoire racontée.

    Claude Bremond s'attaque, lui, aux thèmes ou, plus justement, à certains, primordiaux. Comment les Nuits ont-elles recueilli, créé ou travaillé leur matériau. En quoi ce traitement permet-il de définir leurs contes comme arabes et musulmans ? Et dans la littérature universelle, entre l'Inde et l'épopée germanique, comment se situent les Nuits et les thèmes qu'elles véhiculent ?
    Jamel Eddine Bencheikh, enfin, voit le recueil sous l'angle de la créativité et de l'imaginaire.
    Le conte, cette impeccable machine à susciter le rêve, occupe une place singulière, parfois contestée et toujours forte, dans les lettres arabes. Par quels mécanismes, et sous quelles couleurs, répond-il à l'éternelle question de l'amour et de la mort ? Et quelle place affecte-t-il, dans cette réponse, à la parole ?.

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  • Couvrir dix sept siècles de littérature arabe suppose des choix et des équilibres à respecter. Quelques articles de synthèse éclairent les origines, soulignent les évolutions et précisent les contextes. Un équilibre a été établi entre érudition et réflexion littéraire sans négliger la création contemporaine, jeunes auteurs et revues littéraires. Les monuments de la tradition savante ainsi que la littérature orale de langue berbère trouvent leur place dans ce dictionnaire. Les collaborateurs sont des universitaires français mais aussi arabes (Egypte, Maroc, Syrie, Liban, Tunisie). Ce dictionnaire est extrait du Dictionnaire universel de littérature publié sous la direction de Béatrice Didier.

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  • Quand ce fut la cent quarante-sixième nuit, Shéhérazade dit : Or donc sire, roi bienheureux, il y avait jadis un paon qui vivait au bord de la mer avec sa compagne...
    Puis certaine nuit une puce se glissa dans le lit d'une souris... La nuit d'après, un passereau rendait visite au roi des oiseaux... Et la nuit suivante, un hérisson creusait un trou au pied du palmier où nichait un ramier...
    Que ces histoires sont jolies, Shéhérazade, et qu'elles me plaisent ! En as-tu d'autres de ce genre ?
    Belette, tortue ou chameau, tous les animaux ont leur mot à dire dans Les Mille et Une Nuits, car nul n'est à l'abri des maléfices de l'homme. Écoutez Shéhérazade : elle a plus d'un conte dans son sac, et les nuits portent conseil...

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