Agone

  • - Si l'on remet en cause le roman national, doit-on pour autant transformer les héros en méchants, ou peut-on nuancer, par exemple en replaçant les individus dans le contexte de leur époque ?

    - l faut présenter un tableau complexe. Mais pas trop complexe. Inutile de finasser pour parler de Hitler. Certains individus ont joué un rôle assez dépourvu d'humanité.

    - Donc Colomb, par exemple, est un méchant ?

    - Quand je décris Colomb, je n'omets pas qu'il était un homme courageux, un grand navigateur, qu'il a accompli un exploit. C'est un aspect des choses. Mais il y a un autre aspect : il a débarqué sur ce continent pour utiliser les gens qui vivaient là afin de rapporter des profits ; dans ce dessein il a mutilé, tué, réduit en esclavage. Oui, on peut l'humaniser. On peut parler de ses actions positives, ou de ses qualités personnelles. Mais à la fin, dans une approche éthique de l'histoire, si quelqu'un a commis des atrocités, on porte un jugement sur cela. Ainsi, on complète le portrait. On est plus proche de la vérité. » En 2007, le journaliste Ray Suarez a eu avec Howard Zinn une série d'entretiens autour de son oeuvre majeure, Une histoire populaire des États-Unis. Zinn revient sur divers épisodes, de la conquête du territoire à la « guerre contre le terrorisme » en passant par la révolution, la guerre civile, les luttes ouvrières des XIXe et XXe siècles, les guerres mondiales, la guerre froide ; et il développe sa conception de l'écriture de l'histoire. Une introduction parfaite à l'oeuvre de Zinn, où l'on retrouve sa manière inimitable d'aborder clairement et directement les questions les plus complexes.

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  • De l'Italie de l'après-guerre à l'Espagne de la guerre civile, Camillo Berneri (1897- 1937) a lutté contre le fascisme jusqu'à son assassinat à Barcelone au cours des journées dramatiques de mai 1937. Commandé par l'urgence d'une époque de terreur, ce combat s'inscrit dans l'un des plus singuliers parcours du mouvement anarchiste de l'entre-deux-guerres. Rarement l'exigence de vérité et la recherche d'une action politique concrète auront été à ce point poursuivies ensemble.
    Intellectuel rigoureux, parfois même intransigeant, Berneri sut comme peu d'autres concilier l'objectif de transformation révolutionnaire et le pragmatisme dans la recherche des alliances, y compris au-delà du mouvement anarchiste.
    Avec son acharnement à bousculer les évidences et à dépasser les contradictions, sa pensée reste l'une des plus riches que cette période ait produites. Malgré sa vigueur et sa portée, son oeuvre est pourtant encore très mal connue en France.

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  • À la suite d'Une histoire populaire des États-Unis, le livre monumental de Howard Zinn traduit en 2002, l'Histoire populaire de la France de Gérard Noiriel aborde l'histoire « par en bas » en partant du quotidien et des luttes de ceux qui forment le peuple.

  • « L'histoire du corps expéditionnaire russe se situe à la croisée de l'histoire des relations franco-russes, des mutineries et de la révolution de 1917. Comment la révolution a-t-elle pu se frayer un chemin jusque dans les tranchées, loin de l'agitation politique de la Russie, apparemment hors de portée de la propagande bolchévique ? Par quels canaux cette «contagion» a-t-elle innervé l'ensemble du corps expéditionnaire ? Comment est-on passé, d'une «troupe d'élite» dont les hommes et les officiers avaient été sélectionnés avec un soin tout particulier, à la plus importante mutinerie survenue sur le front occidental ? » En 1915, alors que la guerre s'est enlisée, le gouvernement français prend la chair à canon partout où elle se trouve. L'empire colonial y pourvoit largement, mais c'est encore insuffisant. Paris forme alors le projet de puiser dans les immenses réserves d'hommes de l'allié russe, en échange de quelques livraisons d'armes.
    C'est un faible apport militaire, mais un magnifique outil de célébration de l'« amitié franco-russe » - jusqu'au moment où la contagion révolutionnaire vient briser les rêves de la propagande.
    Les deux brigades, arrivées en France en 1916, accueillent la nouvelle de la révolution de février dans le plus grand enthousiaste. La détestation du tsar est unanime parmi les hommes. Après le désastre de l'offensive Nivelle dans laquelle elles sont jetées en avril, les brigades se mutinent et exigent leur rapatriement.
    Elles sont retirées du front, internées à La Courtine, mais rien n'y fait : l'agitation persiste. Elle sera durement réprimée.

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  • Le nom « Action directe » surgit lors d'une réunion dans un tout petit appartement donnant sur le cimetière de Montmartre. Il avait été proposé par un camarade italien proche d'Azione rivoluzionaria. Savait-il qu'« Azione diretta » appartenait à l'histoire de la puissante organisation du syndicalisme révolutionnaire italien au début du XXe siècle ? Lorsque ce nom apparut officiellement, nombreux furent les censeurs. Ignorants de l'histoire révolutionnaire, ils n'y voyaient bien souvent qu'une référence au militarisme ou à l'anarchisme de la propagande par le fait. C'est oublier que ce terme appartient au patrimoine de la classe ouvrière, qu'il fut le titre de la résolution finale d'un des premiers congrès de la CGT et qu'on le retrouve dans les luttes de libération nationale. « Action directe » est l'ancien terme pour « autonomie ».
    Du choix de la lutte armée à l'emprisonnement de 1980 et l'amnistie de 1981, de l'engagement avec les sans-papiers du quartier de la Goutte-d'or au retour à la clandestinité en 1982 puis à l'arrestation de 1987 en passant par les liens avec la Fraction armée rouge et les Brigades rouges, Jann-Marc Rouillan donne ici pour la première fois une histoire interne d'Action directe. Analyse critique par l'un de ses protagonistes, ce livre est une pièce indispensable d'un fragment de l'histoire politique française et européenne. Si cette histoire attend ses historiens, elle ne se fera pas sans ses témoins.

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  • « La révolution espagnole fut la plus singulière des révolutions collectivistes du XXe siècle. C'est la seule révolution radicale et violente qui se soit produite dans un pays d'Europe de l'Ouest et la seule qui ait été, malgré l'hégémonie communiste croissante, véritablement pluraliste, animée par une multitude de forces, souvent concurrentes et hostiles. Incapable de s'opposer ouvertement à la révolution, la bourgeoisie s'adapta au nouveau régime dans l'espoir que le cours des événements changerait. L'impuissance manifeste de leurs partis incita très vite les libéraux et les conservateurs à rechercher une organisation capable d'arrêter le courant révolutionnaire lancé par les syndicats anarchiste et socialiste. Quelques semaines seulement après le début de la révolution, une organisation incarnait à elle seule tous les espoirs immédiats de la petite et moyenne bourgeoisie :
    Le parti communiste. » Maîtrisant une immense bibliographie, ce livre offre non seulement une synthèse magistrale de la guerre d'Espagne, mais aussi la possibilité de dépasser un stade où la mémoire était trop étroitement mêlée à l'histoire pour permettre de déceler les enjeux de cette période cruciale du XXe siècle.
    Correspondant de l'agence United Press en Espagne en 1936, Burnett Bolloten (1909-1987) rejoint le Mexique avant de s'installer en Californie, en 1949, où il travaillera comme agent immobilier. Il n'aura écrit qu'un seul livre, reprenant trois fois le même texte, établissant des versions approfondies, complétées et corrigées en fonction des débats : The Grand Camouflage (1961) ;
    The Spanish Revolution (1977) et The Spanish Civil War : Revolution and Counterrevolution (1991), version qui est ici traduite pour la première fois en français.

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  • L'auteur d'Une histoire populaire des États-Unis (Agone, 2002) revient sur un court siècle d'événements politiques, dont il fut d'abord tout à la fois l'acteur minuscule, à l'égal de tout un chacun, puis un témoin refusant de se mentir. De l'enrôlement dans l'US Air force en 1942 aux luttes contre les guerres impériales américaines du Vietnam à l'Irak, du monde ouvrier, immigrant et militant d'une grande ville américaine aux luttes pour les droits civiques, Howard Zinn donne sans manière l'exemple de l'engagement de son savoir d'historien rationaliste respectueux de la méthodologie scientifique tout autant que lucide devant l'impossibilité de la neutralité.
    Si cette autobiographie est édifiante, c'est de montrer que les défaites sociales du plus grand nombre ne sont pas inéluctables, que le premier recul est celle de l'oubli des conditions de lutte.

  • Qu'est-ce que la cité ? Comment a-t-elle commencé ? Quelles ont été les phases de son développement ? Est-elle destinée à disparaître, ou notre planète se transformera-t-elle en une immense ruche urbaine, ce qui serait, pour les villes individualisées, une autre façon de disparaître ? Les besoins qui conduisirent les hommes vers ce mode d'existence recevront-ils un jour les satisfactions qu'ont pu promettre autrefois Jérusalem, Athènes ou Florence ? Est-il encore possible de construire une cité permettant à l'homme de poursuivre un développement harmonieux ? Avant de penser un nouveau mode d'existence urbaine, il faut comprendre la nature historique de la cité et l'évolution de son rôle primitif. Nous serons mieux à même alors d'envisager les décisions qui nous incombent. Il nous appartient de diriger nos efforts vers l'accomplissement de la plus profonde valeur humaine ; ou sinon de subir l'automatisme des forces que nous avons déclenchées. Par l'analyse de la formation des regroupements urbains, ce classique fait apparaître les limites démographiques, technologiques et économiques au-delà desquelles la cité ne rend plus possible la survie d'une unité communautaire. Critique d'une organisation économique qui sacrifie le progrès de l'humanité au perfectionnement des machines, l'auteur revient au souci du bien public, à la recherche d'un équilibre écologique et à la coopération sociale comme base de notre milieu de vie.

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  • Françoise Thirionet a rencontré Silvio Marra, ouvrier italien émigré en Belgique, au début des années 1970. Pendant trente ans, ils militent ensemble en discutant des problèmes rencontrés par Silvio aux Forges de Clabecq où il travaille. Ce livre est issu de leurs entretiens.
    Pour Silvio et ses collègues, le quotidien à l'usine, c'est d'abord s'atteler à déconstruire certaines règles qui règnent dans l'entreprise. Notamment les attitudes de résignation et de peur. Rapidement élu délégué syndical en charge des questions d'hygiène et de sécurité, Silvio témoigne des luttes qui ont eu lieu pendant trente ans pour améliorer les conditions de travail et pour empêcher la fermeture annoncée du site.
    Les ouvriers de Clabecq se fient à leurs propres forces et à leur connaissance de leur métier pour mener leurs combats. Quitte à mettre de côté l'appareil syndical sitôt qu'il a déclaré ne plus rien pouvoir pour eux. Dans la forge, l'émancipation doit être une oeuvre collective.
    Son poste syndical, Silvio le voit comme un moyen de faire vivre l'« esprit de Clabecq » :
    « Chaque fois qu'on voulait balancer quelqu'un, chaque fois qu'on voulait attaquer les faibles, tout le monde se portait à leur secours. Ce combat contre le licenciement, le chômage, le racisme, les bas salaires, nous le menions tous les jours sur le terrain. » Par la confiance qu'il affirme dans sa classe sans la théoriser à l'absurde, ce livre donne des leçons salvatrices d'optimisme militant.

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  • Au début des années 1950, Nanterre, communiste depuis 1935 et tardivement industrialisée, comporte encore d'immenses friches, futurs bidonvilles où s'installeront de nombreux immigrés venus d'Algérie, du Maroc et du Portugal.
    La forte politisation ouvrière, la guerre d'Algérie, la construction de l'université où éclateront les révoltes de Mai 68, l'éloignement du communisme municipal d'avec la toute jeune cause des étrangers, en feront un laboratoire social de l'immigration au coeur du bouillonnement politique et intellectuel des années 1960 et 1970.
    Aujourd'hui, si le pouvoir municipal a réagencé son discours et ses pratiques auprès d'un électorat largement composé d'enfants de cette immigration, enchaînant commémorations et hommages à leurs pères, de nouveaux bidonvilles se construisent à quelques mètres de là où s'entassaient ceux des années 1950. Et les luttes, grèves, occupations reprennent.
    Chercheur en science politique, Victor Collet travaille sur les histoires oubliées de l'immigration, de la mémoire des vaincus d'hier au présent des classes populaires, des jeunes des cités, des nouveaux arrivants et de leurs soutiens.
    Ses engagements politiques l'ont conduit à se pencher particulièrement sur les histoires croisées et les ruptures entre intellectuels, universitaires et militants.

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  • « C'est un travail dangereux de souder à quelques centimètres d'une cuve de pétrole. Une seule étincelle peut déclencher une explosion pouvant emporter une raffinerie entière. C'est pour ça qu'ils te disent d'utiliser cette bâche d'un gris sale, résistante à de très hautes températures car produite avec une substance légère et indestructible : l'amiante. Avec ça, les étincelles restent prisonnières.
    Toi, tu restes prisonnier avec elles et, sous la bâche d'amiante, tu respires les émanations libérées par la fusion de l'électrode. Une seule fibre d'amiante et dans vingt ans tu es mort. » Alberto Prunetti raconte l'histoire de son père, Renato, né en 1945 à Livourne, dans les terres de l'aristocratie ouvrière toscane. Soudeur dans les raffineries et les aciéries italiennes depuis l'âge de quatorze ans, Renato s'empoisonne lentement au travail : il respire de l'essence, le plomb lui entre dans les os, le titane lui bouche les pores de la peau, et finalement, une fibre d'amiante se glisse dans ses poumons. Il meurt à 59 ans, après plusieurs années passées à l'hôpital.
    En contrepoint de ce récit tragique, l'auteur rapporte ses souvenirs d'enfance, entre parties de foot et bagarres, et décrit toute une époque, sa musique, ses dialectes, ses grands événements sportifs - dans cette Toscane ouvrière où les années 1970 furent une décennie de luttes sociales, avant que les restructurations des années 1980 n'y mettent bon ordre.
    L'opposition entre le père, parfait représentant de l'idéologie stalinienne du travail, et le fils qui incarne très vite la figure du précaire, n'empêche pas que s'exprime le profond amour qui les lie, teinté d'agacement et d'amusement avant que la maladie ne s'installe. L'humour constant, la délicatesse des sentiments, l'érudition historique et technique se mêlent dans ce récit.
    Alberto Prunetti est traducteur et journaliste, notamment à Il Manifesto. Il a déjà publié six ouvrages en Italie. Il a reçu de nombreux prix et a été adapté au théâtre. Amianto est son premier livre traduit en France.

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  • Ce livre se veut un tableau véridique, vivant et raisonné des premières luttes de la révolution socialiste russe. Désireux par-dessus tout de dégager aux yeux des prolétaires les enseignements d'une des époques les plus grandes et les plus décisives de la lutte des classes dans les temps modernes, je ne pouvais qu'exposer le point de vue des révolutionnaires prolétariens. Cette façon de faire aura pour le lecteur étranger aux doctrines communistes l'avantage de lui faire connaître comment ceux qui ont fait la révolution la comprenaient et la comprennent.
    L'An 1 reconstitue la chaîne des événements qui ont transformé l'État-Commune de 1917 en dictature du Parti à la fin de l'année 1918. Victor Serge décrit les succès et les difficultés de cette première année, saisissant dans un même mouvement l'héroïsme populaire qui a donné naissance à la démocratie des soviets et les circonstances dramatiques dans lesquelles les acquis d'Octobre ont commencé à être entamés. Il rapporte aussi l'insurrection d'Octobre, la Paix de Brest-Litovk ou encore la naissance de l'Armée rouge.
    Commencée en 1925, quand Serge fait parti de l'opposition de gauche du parti bolchévique, et achevée en 1928, après son exclusion pour « activité fractionnelle », cette fresque porte la marque de la répression dont a été victime son auteur, constamment surveillé, puis emprisonné par la police secrète stalinienne : l'ouvrage a été conçu en fragments autonomes pouvant facilement être envoyés au fur et à mesure à l'étranger, voire être publiés indépendamment en cas d'arrestation. L'An 1 est accompagné d'une longue postface critique écrite en 1947, qui ouvre « le chapitre difficile des erreurs et des fautes ».

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  • Avant le 25 avril 1974, l'Europe commençait à partir de la frontière espagnole, derrière les dictatures les plus vieilles du continent. Aussitôt après le 25 avril, tout change. L'avenir se trouve désormais au sud des Pyrénées : il commence à Lisbonne. Sept mois seulement après le coup d'État militaire du 11 septembre 1973 au Chili, un peuple européen triomphe et fait trembler la structure de l'accumulation capitaliste. Si aujourd'hui c'est le Chili qui reste gravé dans les esprits, c'est parce que la société actuelle et le rapport des forces sociales font pression pour que les bons exemples soient oubliés au profit des expériences de défaite.
    En faisant la synthèse de toutes les recherches consacrées à la révolution portugaise de 1974-1975, l'historienne Raquel Varela (Universidade Nova de Lisbonne) renouvelle profondément le regard posé sur cet événement majeur du XXe siècle. Elle restitue notamment l'importance des luttes anticoloniales antérieures et remet au premier plan l'intensité de la mobilisation des ouvriers et des habitants pendant dix-neuf mois face au pouvoir en place. Le coup d'État de novembre 1975 qui met fin au processus révolutionnaire ne pourra pas remettre en cause ce surgissement massif ni l'idée, durable, que cela fut possible.

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  • Il n'y avait pourtant pas que le politique dans notre vie. « Le personnel est politique », comme les camarades féministes nous l'avaient fait comprendre, bon an mal an. En fait, alors que nous plongions la tête la première dans la dernière tentative de révolution communiste en Europe, c'est dans la sphère des relations interpersonnelles que nous étions en train de faire une révolution... Mais nous n'en avions pas vraiment conscience, pris comme nous l'étions dans des schémas anciens. Nous avions alors 20 ans, quelquesuns plus, d'autres moins. Et nous avions un désir débordant de mordre la vie, de plonger de tout notre corps dans une aventure enivrante, de profiter au maximum de tout ce que la vie pouvait nous offrir, ici, tout de suite, sans attendre ni le paradis céleste, ni le grand soir. « Qu'est-ce que vous voulez ? », nous demandait-on. On répondait : « Nous voulons tout ! » En 1979, après la mort accidentelle de trois activistes du groupe Autonomie ouvrière, dans la région de Vicence (Italie du nord), un grand coup de filet policier s'abat sur ses membres. Cette répression leur sera aussi fatale que les divisions internes qui émergent alors, dans les différents groupes armés, entre « repentis » et puristes.
    Comment en est-on arrivés là ? Revenant sur la longue tradition de contestation ouvrière de Vicence, les mouvements amorcés en 1968 et l'influence du Chili de Pinochet sur la militarisation des groupes socialistes, ce livre insiste sur la continuité des luttes entre les années 1960 et les années 1970 : « Il n'y a pas une bonne et une mauvaise jeunesse, c'est la même, à des moments et dans des circonstances différentes. » Des rapports entretenus avec les Brigades rouges aux moyens d'action concrets - « autoréductions », sabotage de machines, création de comités ouvriers et étudiants ou blocage d'usines -, des limites de la lutte armée au rôle des intellectuels dans le militantisme, cet hommage à des camarades revendique la légitimité de se souvenir et la nécessité de perpétuer un combat pour un monde plus juste.

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  • Pendant quatre jours je t'ai raconté des trucs sur le travail, les lois Auroux, les trente-huit heures... Seulement ça, je vais te le dire, ça crée un déséquilibre complet, parce qu'une semaine comme ça, c'est pas facile de la vivre quand tu travailles en chaîne et que t'as en plus plein de boulot syndical à faire. C'est pas facile. Alors mes mains, dans tout ça, qu'est-ce qu'elles deviennent, mes mains ? On dit : " Bon, en 1914, il avait mal aux mains. Maintenant ça a l'air de passer. Il est devenu beaucoup plus intellectuel, il n'a plus mal aux mains, il a mal à la tête... " Il est fou, quoi. Seulement, moi, je travaille encore avec mes mains ! Et ça, ça me fait toujours mal. Mais maintenant je me tais. Parce que, pendant dix ans, tu en souffres tout seul. Et en même temps, tu as l'impression d'être une espèce de cobaye... aussi bien de la part des copains... qui veulent surtout pas écrire ce genre de truc avec moi, alors qu'en fait, à mon avis, leur boulot de militant - c'est à eux que je devrais le dire -, ça aurait été de faire ce livre avec moi. Au début des années 1980, le sociologue Michel Pialoux rencontre Christian Corouge, ouvrier et syndicaliste chez Peugeot-Sochaux. Ils entament un long dialogue sur le travail à la chaîne, l'entraide dans les ateliers et la vie quotidienne des familles ouvrières. À partir de l'histoire singulière d'un ouvrier, devenu porte-parole de son atelier sans jamais le quitter, sont abordées les difficultés de la constitution d'une résistance syndicale.

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  • Écrit par un ouvrier de Sochaux qui a passé trente ans sur la chaîne, ce livre décrit l'exploitation quotidienne du travail posté dans l'empire Peugeot, des années 1970 à l'an 2000. Le livre s'ouvre sur la description de la ville-usine Peugeot-Sochaux dans laquelle s'agite un petit groupe d'OS (ouvrier spécialisé) de l'atelier de finition-carrosserie. Nous y découvrons l'ambiance ouvrière au ras de la chaîne, « ce qu'est un OS, ce qu'il fait, ce qu'il pense ». Au récit très allant des mille et une facéties du « clan des planches de bord » succèdent la description au jour le jour des grandes grèves qui ont agité ces ateliers en 1981 et 1989. Ces dernières luttes, au cours desquelles vont s'entre-déchirer les « membres de la grande famille Peugeot », rapporteront malheureusement bien peu aux ouvriers, et beaucoup de « perturbateurs » choisiront de quitter définitivement l'usine. Pour ceux qui restent, les gestes de résistance individuelle ne dissimulent plus la sinistrose, comme leurs difficultés croissantes à ne pouvoir plus vivre qu'« ailleurs » - à l'extérieur, et encore- Car « on sort complètement vidé du boulot. Alors à quoi bon ce fric ? à quoi bon, quand tu es devenu un zombie, que tu ne peux plus jouer avec tes gosses, que tu n'arrives même plus à sourire à ta femme ? » Dans sa préface, le sociologue Michel Pialoux insiste sur la rareté et la profonde originalité de cet écrit, que l'on ne peut réduire à un simple témoignage militant dans le registre de la dénonciation. « Ce qu'il donne à entendre, c'est la voix de ce qu'on serait tenté d'appeler un "ouvrier ordinaire", c'est-à-dire ceux qui d'habitude ne sont pas entendus parce qu'ils n'ont pas de titre particulier (ni militant, ni "grande gueule", ni "martyr") ou de légitimité particulière à exhiber pour prendre la parole. »

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  • certains jours de bagarre, apparaissaient sur le campus de petites vieilles, un vol noir pareil à des étourneaux, toutes en deuil, avec de minuscules chapeaux de pailles et, sur leurs genoux, un sac à main de cuir verni.
    cette fois-là, nous les découvrîmes près des anciennes arches du patio. elles étaient cinq, assises sur un muret, serrées les unes contre les autres, cachant leur bouche et leur nez sous des mouchoirs au liseré de violette pour se protéger des gaz lacrymogènes. " mesdames, ne restez pas là, vous voyez bien que c'est dangereux. " leur conseilla le bon la carpe, appuyé négligemment sur un manche de pioche.
    " merci mon petit, tu es bien agréable, mais tout ce tracas, vois-tu, ça nous occupe. "
    nous partîmes en souriant du " ça nous occupe ", persuadés d'avoir croisé les fameuses " mémés qui aiment la castagne " chantées par nougaro.
    dans ce premier volet " de mémoire ", jann-marc rouillan revient sur la fin de son adolescence, à toulouse, en 1970. les premiers amis, premières amours, premiers camarades, puis les premières armes; mais aussi l'occasion de décrire une ville, une époque, des moeurs et des idéaux qui furent déterminants pour celui qui prendra bientôt le maquis contre la dictature franquiste.


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  • Le jeudi 5 mai, par une matinée de printemps, nous nous retrouvons à quinze mille métallos regroupés sur le terre-plein de Penhoët. Juché sur la plate-forme d'un wagon, je reste sidéré pendant quelques instants par l'impression de puissance que donnent quinze mille hommes rassemblés pour un motif commun, pour un combat vital. Ce potentiel de violence m'effraie un peu, bien que je me sente solidaire de mes camarades. Quinze mille mâles qui domptent la matière à longueur d'année, et se déclarent ouvertement prêts à pendre par les couilles le directeur et ses adjoints si ces derniers ne leur donnent pas les moyens de vivre décemment, cela me fait l'effet d'une douche glacée. D'autant plus que mes leçons de catéchisme sont toujours aussi vives dans ma mémoire, notamment « ...
    Panem nostrum quotidianum de nobis hodie ». Le pain quotidien ? À vrai dire les ouvriers ne tiennent pas à ce qu'on le leur donne, ils veulent l'arracher, l'obtenir par la force, pour une simple question de dignité, pour « ne pas avoir à baisser leur froc devant le patron ».
    Les Prolos est un témoignage d'apprentissage comme il en existe des romans. On y suit un très jeune apprenti, issu du monde agricole des régions rurales de la Loire, pour qui le passage par la condition ouvrière est une étape dans un parcours de promotion sociale.
    C'est à Saint-Nazaire, dans les chantiers navals, que le chaudronnier se rapproche d'une classe ouvrière nullement enchantée, dans une progression dramatique qui culmine avec la grande grève de 1955. Le monde des Prolos, immédiatement postérieur à la reconstruction, est celui de la guerre froide, d'écarts et d'affrontements sociaux qu'on peine aujourd'hui à se représenter. C'est un monde presque entièrement disparu, qui a inspiré à Louis Oury un des classiques majeurs du témoignage ouvrier.

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  • le 17 septembre, en fin d'après-midi, dans le nord, près de la frontière, la guardia civil a capturé des camarades.
    nous n'en savons que ce qu'en ont dit la presse et quelques contacts. la fusillade n'aurait pas fait de morts. deux auraient été pris. depuis, nous prévoyons le pire. près de l'aérateur, nos trois musettes sont alignées en rang d'oignons. quelques munitions, des chargeurs de rechange, une ou deux liasses de billets de mille pesetas, des papiers, un paquet de cartes d'identité comme un jeu de tarot, un couteau, une boussole et les cartes d'état-major alpina.
    si nécessaire, nous partirons à pied par le maquis jusqu'au camp de base le plus proche. en cavalant, nous l'atteindrons dans la journée. sur les chemins entre barcelone et la cerdagne, nous avons installé des caches avec des sacs de couchage plus la nourriture indispensable à quatre ou cinq jours de marche. après les années d'insouciance à toulouse, voici celles de la formation sous la dictature de franco.
    ici, la dernière journée en espagne pour échapper à la souricière montée par la guardia civil.

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  • Du rite de passage à l'âge adulte d'un jeune homme aux horaires de visite autour desquels s'organise l'emploi du temps d'une famille quelques années durant, la prison au centre de la vie quotidienne en territoire occupé.
    Que veux-tu que je te dise ? J'ai commencé à visiter les prisons en 1967, quand mon mari était détenu, et là, je suis encore dans la même situation.
    Il y a eu une période où tous mes fils étaient en prison, tous. Et moi, j'allais les voir dans trois prisons différentes : dans la même journée je faisais le tour de toute la Palestine pour les voir. Parfois je ne savais pas où ils étaient, ils avaient été transférés sans que je le sache. Un jour, je les ai cherchés dans toutes les prisons de Palestine sans les trouver.
    Avec la pluie et le soleil, moi je montais dans le bus et j'allais les voir, Mohammad dans la prison de al Khalil, puis Abu Ali, et enfin Sa'id à Adarim. C'était ça ma vie. Des allers et retours continus d'une prison à l'autre, d'un procès à l'autre. Et la nuit, j'étais seule avec moi-même.
    Depuis plusieurs années, le village palestinien de Nabi Saleh, au nord de Ramallah, lutte contre l'occupation des terres par la colonie israélienne voisine - et fait face à une politique d'arrestations massives et constantes. Chaque famille ou presque a une « histoire de prison ».
    Des mois durant, Assia Zaino a partagé la vie et le combat des habitants du village, manifestant avec eux chaque semaine sous les yeux et parfois les tirs de l'armée israélienne. Anciens prisonniers et familles de détenus lui ont raconté la place centrale qu'occupe la prison dans leurs vies, à quel point elle imprègne et organise le quotidien des Palestiniens. Mais à travers ces rares percent aussi les tentatives individuelles de subvertir l'expérience de la détention et de redonner du sens aux sacrifices et aux traumatismes vécus.

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  • On expérimentait de nouvelles formes de lutte. Mais on ne partait pas de rien : nos racines venaient du vieux « guérillerisme » ibérique. On diffusait l'expérience acquise à Barcelone dans la lutte du MIL. Et en France, pour la première fois depuis la guerre d'Algérie, des militants révolutionnaires entraient dans la clandestinité les armes à la main. Ça n'était plus des théories sans pratiques véritables. La guérilla devenait l'arme de la lutte quotidienne. Faction incessante du sabotage et de la subversion. Sans aucun regret, on avait coupé les ponts avec la connivence et les bienséances bourgeoises.

    Ce troisième volume des mémoires du prisonnier politique Jean-Marc Rouillan revient sur le quotidien du groupe toulousain des GARI (Groupes d'action révolutionnaire internationalistes) en lutte contre la dictature de Franco. Au-delà d'un récit d'aventures picaresques et insouciantes qui s'étendent sur tout le territoire européen, on voit se dessiner le point de non-retour vers l'engagement dans la lutte armée.

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  • Ne racontant pourtant que sa vie, Charlie Bauer raconte, en passant, presque un demi-siècle d'histoire, qui commence juste après la Seconde guerre mondiale, dans un quartier ouvrier à la périphérie de Marseille, où l'auteur acquiert la religion populaire de ces temps, le communisme. Ces années sont aussi l'apprentissage, en bande organisée, du pillage des magasins, des trains... L'engagement du PC dans la guerre d'Algérie provoque la première rupture : aux cambriolages, l'auteur et ses amis d'alors ajoutent le soutien au FLN algérien. Le banditisme se voulait alors " propagande par le fait ". Arrêté, il est condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Son quotidien s'égrène désormais entre Les Baumettes, Clairveaux, Fresnes et Lisieux ; où il échoue quelques tentatives d'évasion mais passe deux licences... et neuf années en cachot ou dans des quartiers de haute sécurité (QHS). Libéré après quatorze ans de détention, il croise alors les leaders d'après Mai 68, dont Pierre Goldmann. Arrêté après l'exécution de Jacques Mesrine, dont il fut un partenaire de cavale, Charlie Bauer replonge pour dix ans, jusqu'en 1988. C'est deux ans plus tard que ce livre paraît (aux éditions du Seuil). C'est aujourd'hui l'occasion d'un nouveau retour, cette fois avec les mots pour armes, sur une vie de résistance à l'ordre social dominant.

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