Brepols

  • Dans les premières années du XIVe siècle, Jean de Saint-Victor entreprend la rédaction d'une chronique qu'il fait précéder d'une courte description des régions et des royaumes. Conduit à réviser ce travail et à lui donner l'envergure d'une histoire universelle depuis la création, désormais intitulée Memoriale historiarum, il développe l'introduction initiale en un véritable traité, fruit d'une réflexion longuement mûrie au contact des sources sollicitées pour l'élaboration de son premier texte. Il y expose, à l'aide de tous les exemples historiques qu'il a pu rassembler, ce qui lui apparaît comme l'une des lois fondamentales de l'histoire, la divisio regnorum : tels des organismes naturels, les royaumes, mais aussi les empires, naissent, vivent et meurent. Ainsi fait-il place à la pensée aristotélicienne dans une lecture traditionnellement augustinienne de l'histoire.

  • Le mouvement spirituel du XIVe siècle connu sous le nom de Devotio moderna, a reçu outre l'impulsion de Gérard Grote (+ 1384) son organisation et son soutien de Florent Radewijns, qui à côté de Gérard Zerbolt et à une place que son zèle de disciple privilégié ne déclarerait pas mineure, doit être considéré comme un cofondateur. Rédacteur d'un rapiarium, anthologie spirituelle à usage personnel ou communautaire des Frères de la Vie commune, Florent a mis en oeuvre le matériau ainsi rassemblé, dans un ouvrage où paraît le génie didactique de la Devotio moderna, aiguisé par ses premières tâches pédagogiques: le Tractatulus devotus est un véritable Petit manuel pour le dévot moderne, d'une totalité plus souriante que les écrits plus élaborés de son secrétaire, Gérard Zerbolt. La découverte du rapiarium comme source première du Petit manuel a permis d'en restituer le texte dans les meilleurs conditions, malgré la disparition en mai 1940 de l'unique manuscrit d'une oeuvre à circulation interne, représentant une forme de "littérature domestique". Avec le précédent volume sur Gérard Grote, paru dans la même collection, c'est la seconde personnalité de la Devotio moderna qui est maintenant mise en lumière. L'Introduction de Thom Mertens reconstitue ce milieu où s'unissent activité de prière, activité pédagogique et activité littéraire, où la lecture est source de l'écriture. Sr Francis Joseph Legrand du Couvent Anglais (Bruges) a publié en traduction française "Un miroir de l'éternelle béatitude" de Ruusbroec et "La vallée des Lis" de Thomas a Kempis. Thom Mertens de la Ruusbroecgenootschap (Anvers) est spécialiste de la prose spirituelle et de l'histoire de la mystique néerlandaise.

  • Cette série de lettres, écrites de Terre Sainte au temps de la cinquième croisade par Jacques de Vitry, entre 1216 et 1221, livre un témoignage direct sur ce qu'a pu être la vie de la cohue des Croisés. Le regard incisif et le sens critique éveillé de Jacques de Vitry, et sa verve, transforment cette correspondance en une sorte de reportage captivant. Avec l'Historia orientalis du même auteur elle offre ainsi des documents privilégiés aux historiens des Croisades. La curiosité d'esprit de Jacques lui fait aussi accueillir, dans une lettre, plusieurs documents (cartae) d'origine musulmane, sur la figure mythique du "Prêtre Jean". Le texte latin, établi par R.B.C. Huygens, permet de constater à quel point la langue de l'évêque de Saint-Jean d'Acre est riche d'un vocabulaire coloré.

  • Choisies parmi les nombreux chants liturgiques composés au Moyen Age en l'honneur de Marie, quatorze proses parisiennes du XIIe siècle sont ici présentées, accompagnées d'une traduction française littérale. Elles appartiennent au groupe des remarquables séquences rimées et rythmées qui apparaissent vers cette époque, associées au nom du célèbre poète-compositeur Adam, chanoine à l'abbaye de Saint-Victor de Paris. L'originalité de ces quatorze séquences à thèmes marials réside avant tout dans la beauté et la clarté de leur style, dans la pureté de leur versification. Si certaines formulations peuvent être considérées comme nouvelles, elles ne font qu'exprimer différemment le mystère unique de Marie, ainsi que l'admiration et la confiance que les chrétiens ont, depuis toujours, accordées à la Vierge.

  • La Dévotion Moderne (Devotio moderna), mouvement de rénovation spirituelle qui fleurit aux Pays-Bas aux 14e et 15e siècles, fait actuellement l'objet de nombreux travaux historiques et thématiques. Elle a pour Père fondateur Gérard Grote (1340-1384), personnage contrasté d'une puissante originalité. Son oeuvre peu abondante, mais variée, d'où la polémique n'est pas absente, est toute ordonnée à la volonté de guérir l'Eglise de ses maux (la simonie en particulier) et au désir de proposer à ses contemporains, laïcs et clercs, une spiritualité fondée sur l'intériorisation de l'Evangile et la réalisation de l'idéal de l'Eglise primitive, avec un sens très fort de la justice. Après une présentation de la Dévotion Moderne et de son fondateur, cet ouvrage offre en traduction française du latin et du moyen-néerlandais des textes autobiographiques de Grote (ses Résolutions), des lettres de critique ou de direction spirituelle, un sermon-traité sur la pauvreté monastique, un traité savant sur la méditation de l'Ecriture sainte, des gloses aux psaumes. Dans leur diversité, ces oeuvres témoignent d'une grande culture théologique et classique (avec une nette influence stoïcienne) et culminent dans le désir sincère de suivre le Christ dans son abaissement et sa Passion et d'y entrainer ses contemporains. Georgette Epiney-Burgard, agrégée de l'Université, docteur-ès-lettres, avec une thèse sur Gérard Grote et les débuts de la Dévotion moderne (1970). Edition critique de Henri Herp, De processu humani profectus (1982). Etudes sur les poétesses mystiques du Nord: Femmes troubadours de Dieu (en collaboration avec E. Zum Brunn), 1988.

  • L'oeuvre mariale de Hugues de Saint-Victor comprend, pour l'essentiel, trois courts traités, une homélie et une sentence brève. Ce sont, respectivement, le Super Canticum Mariae, commentaire du Magnificat, le Pro Assumptione Virginis, exégèse de quelques versets du Cantique des Cantiques présents dans la liturgie de la fête de l'Assomption, le De beata, Marice virginitate, occasion de développements théologiques et spirituels sur le mariage chrétien, l'homélie Egredietur virga sur Is 11, 1 et Ct 3, 6, et enfin les quelques lignes de Maria porta décrivant les rôles respectifs de Marie et du Christ dans l'histoire du salut. Ces textes présentent la Vierge à la fois comme un exemple pour ceux qui cheminent vers le Royaume, et comme celle qui nous conduit au Christ. Malgré leur brièveté relative, ils portent la marque de l'auteur dans les champs variés de la doctrina sacra, car Hugues n'hésite jamais, dans le souci d'instruire et d'édifier ses interlocuteurs, à aller au-delà du commentaire marial proprement dit. On trouvera ici, pour chaque ouvrage, le texte latin, sa traduction française ainsi qu'une introduction rapide et des notes visant à cerner quelques sources.

  • " Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho " : Gérard Zerboldt (mort en 1398), trouve dans ces premiers mots de la parabole du Bon Samaritain le thème et l'articulation de son De reformacione virium anime.
    L'homme déchoit en quittant la cité de l'harmonie et de la paix, Jérusalem, pour celle de la confusion et des divisions intestines, Jéricho. Il aura à parcourir le chemin inverse, une remontée, pour être restitué à son intégrité première, par la réforme des " trois puissances " - la mémoire, l'entendement, la volonté. Elle s'opère par une exercitatio animi pour laquelle Gérard entend fournir son lecteur de moyens et de conseils.
    Le résultat est une cartographie des voies intérieures du voyage de retour où paraît le goût du concret, didactique et classificateur, de la Devotio moderna. A côté du Petit manuel pour le Dévot moderne de Florent Radewijns, à usage domestique, le traité de Gérard prit la forme d'un précis développé, d'abord destiné à la première génération des Frères de la Vie commune, puis largement répandu à travers ce qui fut d'abord, plus que des institutions régulières, une mouvance spirituelle aux cercles concentriques.
    Avec le précédent volume de la même collection sur Florent Radewijns, et celui sur Gérard Grote, c'est un troisième initiateur de la Devotio moderna dont l'oeuvre maîtresse est présentée.

  • Le Moyen Age a inlassablement commenté le Cantique des cantiques comme dialogue spirituel entre l'âme et son Epoux divin.
    Superposer à cette mystique nuptiale la mystique métaphysique du Pseudo-Denys fut une initiative du victorin Thomas Gallus, promise à une grande faveur dans le monde cartusien. Le présent commentaire du Cantique (" Deiformis animae gemitus "), s'inscrit dans cette tradition, en y ajoutant l'expression d'une dévotion au Christ crucifié aux accents franciscains. Un temps attribué à Thomas Gallus lui-même, l'ouvrage doit probablement être restitué à un autre religieux de son abbaye, un " Vercellensis " dont nous ne saurons peut-être jamais le nom complet.
    L'édition princeps jadis procurée par Jeanne Barbet a été revue et remaniée grâce à un nouveau recours aux manuscrits et assortie d'une traduction française due au P. Francis Ruello.

  • avec ce volume de gérard zerbolt, c'est un diptyque des début de la devotio moderna qui s'achève, dont le premier panneau était formé par le tractatus devotus de reformatione virium animae du même auteur.
    si ce dernier ouvrage assumait une bonne part du matériau du petit manuel pour le dévot moderne de florent radewijn, le de ascensionibus intègre pour sa part l'essentiel du de reformatione. au terme de ce processus cumulatif, on se trouve donc ainsi en présence d'un traité aux fonctions polyvalentes : une défense et illustration des idéaux de la devotio moderna, un manuel davantage détaché des circonstances contingentes qui marquaient la genèse de cette littérature d'abord domestique, et à ce titre propre à une large diffusion dans le temps, l'espace et les divers milieux religieux.
    des différences conceptuelles toutefois sont perceptibles entre ces deux ouvrages si proches. le premier, plus systématique, semble être destiné à un public déjà au fait des premiers pas dans la vie dévote ; le second, plus dynamique et où se fait jour une pénétration psychologique affinée, prend son lecteur aux débuts d'un parcours intérieur pour lequel il se propose de le guider pas à pas. son large et durable succès devait répondre à ces caractéristiques.
    ce volume achève la publication des ouvrages majeurs de l'initiateur de la devotio moderna que fut, avec florent radewijn et gérard grote, déjà publiés dans la présente collection, gérard zerbolt.

  • Sur les relations complexes et riches entre Occident et Orient, l'Historia orientalis fournit un témoignage de premier ordre. Composée entre 1216 et 1227 par Jacques de Vitry, alors évêque d'Acre, elle déploie une riche documentation sur l'histoire de Jérusalem et des Lieux saints jusqu'en 1215 et présente le regard privilégié d'une grande personnalité latine, à la fois homme d'Église, de lettres et d'action, sur les trois premières croisades, les établissements latins en Terre sainte, la fondation de l'islam, l'histoire des divers peuples et communautés religieuses d'Orient, la faune et les particularités naturelles des régions environnantes.

    A mi-chemin entre l'histoire et le récit de voyage, l'ouvrage est tiraillé entre la formation augustinienne de son auteur et la découverte de mondes nouveaux, irréductibles aux schémas anciens. Dans le prolongement des Lettres, publiées dans la même collection, l'Historia orientalis de Jacques de Vitry attire l'attention par son ton pessimiste et désabusé : comme si le désordre des événements et la déception devant les revers obligeaient l'auteur à s'interroger sur le sens de l'histoire.

    La présente édition s'appuie, à travers l'editio princeps de 1597, sur un manuscrit presque contemporain de l'auteur, confronté à dix des cent-vingt-quatre témoins conservés de cette oeuvre à l'immense succès, mais devenue presque inaccessible.

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