Phebus

  • Jack London, tête brûlée éprise de liberté a, en quarante années d'une existence intensément vécue, semé sur sa route de nombreux romans, récits ou essais comme autant de témoignages de sa soif de vivre. Marin en Sibérie et au Japon, blanchisseur, pilleur d'huîtres, chasseur de phoques, vagabond, chercheur d'or, militant socialiste, correspondant de guerre ou agriculteur. l'auteur de L'Appel de la forêt, de Martin Eden, du Peuple d'en bas, de John Barleycorn ou du Talon de fer aura bel et bien vécut plus de cent vies. Curieusement, on ignore souvent que cet aventurier des mers et des mots était également un photographe de génie qui, par l'image, a reflété son temps. Et de quelle manière ! Avec plus de 12 000 clichés, le petit gars des rues de San Francisco a porté sur le monde le regard des grands humanistes, sans jamais se départir d'une sensibilité loin des images d'Épinal attendues.

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  • Qui aurait pu imaginer les flibustiers en fins gastronomes ? Et pourtant : la cuisine créole d'aujourd'hui est née du creuset flibustier, étonnant métissage d'influences. Il n'était pas rare, en effet, dans cette société nomade, haute en couleurs, de jeter l'ancre autour d'une table bien garnie. Acras de morue, Cabri massalé ou Matoutou de crabe font de cette cuisine l'une des plus originales qui soient : une cuisine épicée, à l'image de la vie qu'ils menaient.
    Le livre que propose ici Mélani Le Bris est conçu tel un festin, où recettes, récits et anecdotes se succèdent pour le plus grand régal de l'imagination. Savoureusement illustré par Hippolyte, les différents mets y révèlent toutes les couleurs, et leur piquant.

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  • Marcel Storr

    Collectif

    En octobre 2010, Françoise Cloarec, avec le récit Marcel Storr, architecte de l'ailleurs (Phébus), nous faisait pénétrer dans l'univers onirique du peintre autodidacte, Marcel Storr, fils de l'Assistance publique et cantonnier à la ville de Paris.
    Solitaire, sourd, sans autre référence que son imaginaire, Marcel Storr a édifié au crayon et à l'encre, à l'insu de tous, une oeuvre sidérante faite de couleurs, de détails, de cathédrales vertigineuses et de mégalopoles utopistes aux tons incandescents. L'exposition au pavillon Carré de Baudouin, réunissant pour la première fois du 15 décembre 2011 au 13 mars 2012 l'intégralité de l'oeuvre de cet artiste totalement hors-norme, est l'occasion pour les éditions Phébus de proposer un catalogue exhaustif de cette oeuvre magistrale.

    Liliane kempf est, avec son mari, l'ayant-droit de Marcel Storr. Elle est la première personne à avoir découvert l'oeuvre du peintre.
    Laurent Danchin est écrivain, conférencier et critique d'art. Il est également le commissaire de l'exposition consacrée à Marcel Storr au pavillon Carré de Baudouin.
    Françoise Cloarec est psychanalyste et peintre, diplômée des Beaux-Arts de Paris. Elle a consacré une thèse de psychologie clinique au peintre autodidacte Séraphine de Senlis avant de lui dédier un essai, Séraphine, sorti chez Phébus en 2008. Elle est également l'auteur du récit Storr, architecte de l'ailleurs paru aux Éditions Phébus en octobre 2010.

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  • Cet ouvrage mythique, véritable " cathédrale gastronomique " - sans doute le plus grand livre jamais consacré aux plaisirs de la table avec la physiologie du goût de Brillat-Savarin -, a longtemps fait partie des introuvables.
    Si l'on a pu voir circuler ici et là, sous des titres divers, des abrégés de ce monument (aucun ne répondant d'ailleurs au voeu de Dumas), les deux seules éditions complètes qui en aient été proposées (Alphonse Lemerre, 1873 ; chou, 1965) sont vite devenues des raretés recherchées par tous les bibliophiles - et tous les gourmands. C'est Daniel Zimmermann, l'un des meilleurs spécialistes de l'oeuvre de Dumas (cuisinier aussi à ses heures), qui a supervisé la présente édition, qu'il a voulue exactement conforme au texte de 1873 - à quoi il a tenu à ajouter, avec le concours d'Alain Meylan, graphiste et collectionneur, plus de 500 gravures d'époque qui constituent à elles seules une sorte de musée idéal de la cuisine d'hier et d'avant-hier.
    L'auteur des trois mousquetaires, qui consacra les dernières années de sa vie à la rédaction du présent dictionnaire, le considérait un peu comme son testament ; en tout cas comme l'un de ses grands livres, de ceux qu'il savait devoir durer longtemps après lui. Petit-fils d'aubergiste, cuisinier pour ses amis, Alexandre Dumas fut assurément une des plus fines gueules de son siècle. Ami des plus grands chefs, et notamment du célèbre Vuillemot, dont il n'a cessé de recevoir les conseils à l'heure d'écrire ces pages, il se pose avec une tranquille autorité comme un amateur capable de rivaliser avec les meilleurs professionnels.
    Les quelque 3000 recettes qu'il livre ici, et qu'il assure avoir toutes expérimentées, sont bien sûr exposées à sa manière : cavalière, souvent insoucieuse de précision, mais terriblement apéritive. Son but n'a jamais été de rédiger un précis de l'art des fourneaux, mais la plus somptueuse introduction à la cuisine qui se puisse rêver. Qu'il y tienne le premier rôle et farcisse son discours de mille anecdotes vécues n'étonnera pas ceux qui le connaissent.
    Ce dictionnaire est aussi un roman de Dumas : le roman de sa vie. lui-même ne savait pas d'autre façon d'entraîner ses lecteurs à le suivre : c'est-à-dire, ici, à empoigner sans barguigner la queue de la casserole, et à laisser parler à leur tour leur curiosité, leur goût et leur imagination. On envie d'avance leur plaisir.

  • Ils ont dit Dégage ! Ils l'ont dit haut et fort en dépit de la répression, des snipers, des prisonniers de droit commun lâchés dans les rues, de la milice présidentielle et de la peur, présente depuis plus de vingt ans. Les Tunisiens sont descendus dans la rue, hommes et femmes, de l'intérieur des terres comme de la capitale, ouvriers ou bourgeois, pour se réapproprier, avec courage et dignité, une démocratie perdue.
    Dans le refus de la guerre civile et de la violence. Armés de pancartes, de chants et d'utopie. Bras levés. Parce qu'ils n'en pouvaient plus et qu'arrive toujours l'instant bouleversant où les peuples font vaciller les tyrans de ce monde. Parmi ces hommes et ces femmes venus crier leur colère et leurs espoirs, des artistes photographes, manifestants comme les autres, vont immortaliser cet élan sans équivalent dans l'Histoire. Ils vont saisir la contestation, l'inventivité et l'émotion de tout un peuple retrouvant la joie féroce du refus. L'offrant ainsi aux citoyens d'ailleurs comme une promesse de ce qui reste possible. Du coeur de la foule, ces photographes ont donné un témoignage unique d'une révolution vue de l'intérieur: ils ont constitué les premières archives d'un événement à l'origine du "Printemps arabe" qui, comme une déflagration lente, n'a pas fini de marquer le XXIe siècle à venir.

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  • Alors que l'on commémore le 500e anniversaire de la mort de Jérôme Bosch en cette année 2016, les musées du Prado à Madrid et Bois-le-Duc aux Pays-Bas organisent une large rétrospective de son oeuvre. C'est à l'invitation de l'institution madrilène que Cees Nooteboom entreprend un voyage de Rotterdam à Lisbonne en passant par Gand, Madrid et Bois-le-Duc. Il va à la rencontre de ce peintre qui le fascine depuis ses années étudiantes. Soixante reproductions accompagnent cet ouvrage au ton très personnel et très littéraire, où Nooteboom croise récit personnel et réflexions sur la peinture du maître néerlandais. Le livre paraît simultanément en allemand, en espagnol, en néerlandais et en anglais.
    L'un des plus importants écrivains contemporains néerlandais à la rencontre du peintre le plus connu des Pays-Bas.

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  • Sûra

    Frank Berzieri

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  • Jack London, tête brûlée éprise de liberté a, en quarante années d'une existence intense, semé sur sa route de nombreux romans, récits ou essais comme autant de témoignages de sa soif de vivre. Curieusement, on ignore souvent que cet aventurier des mers et des mots était également un photographe de génie qui, par l'image, a reflété son temps. Et de quelle manière ! Avec plus de 12 000 clichés, le petit gars des rues de San Francisco a porté sur le monde le regard des grands humanistes. Miséreux de l'East End londonien, soldats lors du conflit russo-japonais, lépreux de l'île de Molokaï, cet homme en empathie avec ses sujets a partagé ses émotions sans jamais se départir d'une sensibilité loin des images d'Epinal attendues. Grâce au travail de Jeanne Reesman, Sara S. Hodson et Philip Adam qui ont sélectionné les 200 photos les plus marquantes de ce grand reporter s'il en est, un hommage est enfin rendu au Jack London photographe, tant chacune de ses prises de vue déborde d'humanité, de tendresse et de beauté. L'oeuvre littéraire de Jack London est restée dans les mémoires. Gageons qu'il en sera de même de ses photos.

  • L'histoire de ce livre, unique au monde par la richesse de sa documentation et de son illustration, est à soi seule une sorte de roman.
    André Velter, écrivain-poète mais surtout petit-fils d'artisan, Marie-José Lamothe, formée à l'étude des arts populaires, et le grand photographe Jean Marquis (il fut après la guerre l'un des animateurs de l'agence Magnum) auront mis près de cinq ans, sillonnant les provinces, visitant, interrogeant et photographiant des centaines de maîtres-artisans, dépouillant des milliers de livres rares, à bâtir cette cathédrale à la gloire de l'Outil et de la main artisane.
    Le Libre de l'Outil a connu un succès immense. Bernard Pivot au cours d'une émission restée clans les mémoires (on était en 1977) l'avait couronné sans barguigner " le plus beau livre de l'année " ; tandis que René Char clamait à la ronde que cet ouvrage " magique " était à soi seul un acte de résistance, dans la mesure où il décrivait une geste passée et présente qui faisait honte à notre probable avenir.
    Et puis le courageux éditeur de cette bible dut mettre la clé sous la porte, et le livre disparut pour longtemps des tables de la librairie. Pis, on apprenait dire les films de l'ouvrage avaient été détruits par une main distraite. Par chance, une équipe de graveurs italiens qui maîtrisent en artistes la technique du scanner ont réussi, sollicités par les auteurs, à reconstituer à partir des planches d'hier l'intégralité du précieux volume, s'offrant même le luxe d'en améliorer ici et là le détail.
    On les en remerciera d'autant mieux que la majorité des photos reproduites dans ces pages ne pourraient pas être prises aujourd'hui. Les artisans que l'on voit ici à la tâche pour la plupart ne sont plus - et n'ont pas eu de successeurs.

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  • Imaginer une sorte de catalogue idéal des artistes « excentriques » de notre vieil Occident, c'est feuilleter en esprit des images curieuses, passionnantes souvent, marginales presque toujours. En Chine au contraire l'Excentricité majuscule s'est débrouillée à toute époque pour tenir la dragée haute à l'art officiel de l'académie. Jusqu'à incarner, aux yeux des esprits libres et de certains lettrés épris d'irrévérence, la part la plus haute de l'expression de la Beauté.
    Rendant hommage à ces insoumis qui ont sévi sans discontinuer depuis mille ans et plus, François Cheng nous fait savourer, 200 pages et 150 images durant, ce paradoxe gros de merveilles : en Chine, l'art des farfelus, des trublions, des fols, des mauvaises têtes n'est autre que l'Art majuscule à son plus haut. On le pressentait après avoir fréquenté Zhu Da (Chu Ta) et Shitao. On était loin de penser que ces deux « exceptions » n'étaient jamais que deux excellences parmi cent autres, parmi mille autres.
    Il est rare qu'un livre d'art apporte de si bonnes nouvelles.

  • Ce grand voyageur parcourt la planète sous bien des latitudes pendant des décennies, puis décide un jour de ne plus guère sortir de son appartement parisien situé sur les quais de seine face à " Notre-Dame ".
    Il continue alors de voyager dans la connaissance par la lecture, dans son ascèse spirituelle par la méditation, enfin dans sa vie quotidienne par l'hédonisme d'un art de vivre injustement décrié : la paresse absolue...
    D'abord ne fais rien, ensuite repose-toi, maxime qu'il fait sienne tout au long de ces années de vie érémitique passées à contempler paisiblement la seine et Notre-Dame...
    Fort heureusement, par plaisir ou par habitude, continue-t-il de prendre épisodiquement quelques photographies par ses fenêtres. Ainsi, peu à peu, se constitue ce Paris, Km 00, surprenant album-photo d'un voyage immobile au coeur même de Paris.


  • c'est l'âme secrète du japon que nous livrent les peintures de soleil rouge ; et ce sont les clefs d'un univers mystérieux.
    fugitif et fragile que nous tend nelly delay au travers de cette anthologie singulière. des tombeaux du kofun de takehara aux temples shintô du mont kova, des "maisons vertes" des courtisanes aux scènes du théâtre kabuki, des paysages chers à hokusai aux jardins zen, la peinture est partout, dans tout ce qui vit, hors des limites du temps et de l'espace. le japon est là, dans la richesse des détails, dans la finesse des traits, dans sa beauté fugace et cependant éternelle.
    cet art dévolu à fixer les images d'un monde "éphémère et mouvant ", nelly delay s'emploie à l'évoquer, à l'écart des courants et de la stricte chronologie. elle donne ainsi à percevoir et à comprendre ce génie qui, libéré de la matrice chinoise traditionnelle - stimulante et respectée depuis des siècles -, a évolué en s'autorisant des audaces qui, aujourd'hui encore, nous semblent modernes, au point d'avoir inspiré l'art d'un pollock ou d'un alechinsky.

  • Pouvoir évocateur du mythe, légendes transmises au fil des générations, pays réel de rires et de souffrances, le Tibet charrie tant de rêves qu'ils convergent vers ce point focal dit le toit du monde, au coeur de la Haute Asie. Et lorsque le regard découvre d'un coup d'oeil l'incommensurable étendue au seuil du col d'altitude, le souffle se fait court face à la beauté dévoilée comme à l'improviste.
    Au-delà du formidable rempart himalayen, au-delà de la cristallisation de tant d'aspirations diffuses ou articulées, au-delà de l'ardent désir d'atteindre au plus haut se déploie cet infini d'autant plus surprenant qu'il s'inscrit dans une réalité tangible: éclats de lumières et de couleurs, rondes des vents d'où jaillissent des mirages. Des montagnes, des lacs et des rivières, des champs d'or et des vallons de ténèbres, des sentiers et des grottes portant à jamais témoignage d'une terre à la lisière du ciel, à l'altitude des dieux. Où, voyageur ou pèlerin, les hommes ne font que passer. Des ruines aussi, vestiges de la folie de quelques-uns, et l'indomptable sens de liberté qui flotte dans un silence habité. Traversés les grands cols, franchies les chaînes montagneuses amoncelées, le temps se fige. Rendez-vous avec le silence, compagnon de l'attente et de la solitude. Jusqu'à l'instant de la rencontre, autant imprévue qu'improbable, et l'explosion des couleurs dans le roulement des chants profonds à l'heure de la fête. Jusqu'au vertige. Au pied et autour des sommets sacrés, sur la rive des grands fleuves aux eaux lancées dans la course vers des mers inconnues, à proximité d'un monastère où la ferveur de générations sans nombre de pèlerins a poli le miroir des songes. Sous un ciel qu'on dirait à portée de main tant les nuages se traînent à ras de terre, où divinités et fées tiennent nuitamment compagnie au chemineau dans des tourbillons d'étoiles.

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  • Près de deux siècles avant Baudelaire, le moine-peintre Shitao (1642-1707) invente au fil du pinceau une conception totalement " moderne " du geste de peindre ; et, entre deux tableaux, expose celle-ci avec des mots inspirés dans un traité fameux : les Propos sur la peinture du moine Citrouille-amère.
    François Cheng, qui a déjà révélé au public occidental la figure majeure d'un autre maître chinois (Chu Ta : Le génie du trait, Phébus 1986), nous convie ici à découvrir une centaine des peintures parmi les plus représentatives de la manière de Shitao, la plupart en provenance des musées de Chine - donc quasi inconnues en Occident.
    Il retrace pour nous l'itinéraire spirituel d'un artiste à la vie des plus mouvementées, qui sut trouver sur la fin, dans une haute solitude paradoxalement ouverte à tous les possibles, la résolution des contradictions qui l'habitaient.
    " Par sa virtuosité inquiète, jamais satisfaite d'elle-même, écrit François Cheng, Shitao a enrichi comme aucun autre l'art du trait : ses coups de pinceau sont célèbres par leur vivacité, leur audace, mais surtout leur stupéfiante variété.
    Son esprit d'invention, sa hardiesse toujours en alerte ont littéralement brisé le moule de la composition classique ; il n'a de cesse d'introduire dans ses tableaux, par tout un jeu de vides intermédiaires, d'agencements obliques, de contrastes inattendus, de déformations voulues, une sorte de " précarité dynamique ", de magie fragile qu'il n'est pas exagéré de qualifier de musicale ".
    " Révolutionnaire " dans l'âme et malgré cela profondément attaché à la plus antique tradition, Shitao a toujours rêvé de solliciter non seulement le regard mais tous les sens qui, chez l'homme, participent au banquet du Réel.
    Pour lui, c'est à ce prix seulement que nous avons la chance d'approcher le mystère des choses, de goûter " la saveur du monde ". Ainsi résume-t-il l'alchimie sensorielle qui, selon lui, gouverne toute représentation : " Je parle avec ma main, tu écoutes avec tes yeux ".

  • Roni horn

    Collectif

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  • Chu ta (1626-1705), qui fut l'un des maîtres du célèbre shitao, occupe dans l'histoire de la peinture chinoise une place unique.
    A la fois dépositaire d'une tradition millénaire, parvenue à son degré de plus haut accomplissement, et explorateur d'une modernité qui s'engage avec une superbe imprudence dans les voies nouvelles, il hante la lisière de deux mondes.
    Violemment hostile à l'académisme officiel, refusant au surplus de collaborer avec les nouveaux maîtres mandchous qui venaient de s'installer sur le trône impérial, il mena plus d'un demi-siècle durant une existence de quasi vagabond, dont les péripéties sont celles d'un véritable roman.
    Il en fut si marqué qu'il n'hésita pas à s'engager un temps dans les seules issues extrêmes qui convinssent à son esprit rebelle : le mutisme et la folie. sans doute ne lui fallait-il pas moins que toutes ces épreuves pour accomplir son destin. au fil d'une vie longue et tourmentée, oú le geste de peindre se révéla pour lui une voie de salut, il sut à ce point épurer son art - un art fondé sur la maîtrise des traits essentiels - qu'il rejoignit spontanément, et par les chemins les moins conformistes, la plus haute intuition des anciens : pour qui le trait était l'homme même ; et tracer le trait, en soi, manière authentique d'être.

    On se rappelle le conseil brutal donné par matisse : " vous voulez faire de la peinture ? commencez alors par vous couper la langue, car désormais vous ne devez vous exprimer qu'avec vos pinceaux. " chu ta le muet aurait pu faire de cette phrase sa devise. le fait est que le mutisme semble exacerbé chez lui les puissances du regard, comme si le sacrifice de la parole articulée l'avait aidé à goûter d'autant mieux les images qui s'offraient à ses yeux : figures qu'il devait méditer longuement en lui-même, dont il pouvait caresser à loisir les multiples facettes, et dont le silence favorisait mystérieusement l'éclosion.

    Les quelque quatre-vingts peintures qui se trouvent reproduites dans le présent ouvrage proviennent pour la plupart des musées de chine. françois cheng les avait révélées au public de langue française en 1986, dans une première version de ce livre - qu'il a tenu à revoir et à améliorer largement pour la présente édition.

  • Mille ans avant les impressionnistes, à l'époque oú régnait la dynastie des song (xe-xiiie siècle), les artistes chinois avaient compris qu'en peinture le " sujet " n'est qu'un masque.
    Représenter sur la soie ou sur le papier une montagne, un arbre, un papillon n'était pas tant, à leurs yeux, affaire d'observation que recherche d'un secret : celui que la nature dissimule derrière le voile ambigu de l'apparence.
    A cette exigeante école, la grandeur n'a que faire des " grands " sujets. elle trouve à s'accomplir en même temps dans le vaste paysage que domine la montagne et dans l'espace de plus familier - que sollicite par prédilection ce " regard rapproché " par quoi l'enfance, de tout temps, s'est ouverte à l'immensité du monde.

    Cette dernière tradition, mobilisée d'abord par la représentation des oiseaux et des fleurs, s'est vite étendue à tout ce que l'univers du vivant nous offre de proche : branche protégeant la sieste du rêveur, fruits bons à cueillir, herbes du talus, bestioles au bord de l'étang. et elle survivra à l'âge d'or des song, illustrée dix siècles durant par une lignée ininterrompue de génies inspirés, remuants souvent, libres à tous les sens de la parole, voire franchement excentriques.

    Une fleur s'ouvre, un oiseau se pose sur la branche : le peintre est là qui saisit la vérité de cet instant (non sa pauvre réalité). ce qu'il peint n'est plus seulement un oiseau, une fleur, mais un rêve : celui d'un envol possible, d'une éclosion à l'unisson de tous les grands accomplissements qui adviennent en nous et hors de nous. l'observation naturaliste est là, et d'une précision qui d'emblée atteint à l'exactitude extrême.
    Mais elle n'est qu'une marche sur le haut chemin qui conduit à la révélation de l'intimité existentielle des êtres et des choses ; à cette autre révélation : que l'homme ne saurait accéder à son propre mystère qu'autant qu'il accepte de dialoguer avec les plus humbles présences de l'univers créé.
    Chemin au bout duquel l'oeil ne se contente plus de voir mais parvient à capter le chant du monde - et nous convie à chanter de concert avec lui.

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