• On sait que la psychanalyse fait parler l'inconscient.
    Qu'il dise le sens sexuel n'émeut plus personne, passé le siècle. mais ce qu'il dit des hommes et des femmes reste comme une épine dans la doctrine. une pierre de scandale même, quand les préjugés s'en mêlent. pas besoin d'être féministe pour percevoir ceux de freud, ils sont trop datés fin xixe siècle. les débats post-freudiens de la première moitié du xxe siècle, inspirés par un souci d'équité tout opposé, n'ont guère fait avancer la question.
    Bonne intention n'est pas doctrine. il fallut la seconde moitié du siècle et jacques lacan pour que du neuf s'y fasse entendre. il était temps, car on sent bien qu'une subversion sexuelle était déjà en cours dans la civilisation, impossible à méconnaître en ce début de xxie siècle, et que pour un peu la psychanalyse ratait.

  • Georges Canguilhem (Qu'est-ce que la psychologie ?) faisait commencer la psychologie avec R ené D escartes, et aboutir celle-ci avec Sigmund Freud. Ainsi sont mises en série les deux oeuvres qui, sans doute, ont le plus marqué celle de Jacques Lacan.

    Mais ces deux marques ne sont pas la même. La référence de Lacan à Freud est, pourrait-on dire, de filiation, car Lacan prétend avant tout restaurer et prolonger - même si c'est souvent avec d'autres moyens - l'entreprise de Freud, soit la psychanalyse.

    Tandis que la référence de Lacan à Descartes semble plus valoir pour délimiter une méthode que pour définir un projet ; elle est, pourrait-on dire, de révérence.

    C'est cette place d'exception occupé par Descartes dans la série des philosophes que Lacan lit, et dont il se sert, qui est interrogée ici. Si Lacan tient tant à D escartes, c'est peut-être qu'il trouve chez lui non seulement un système, mais aussi, et surtout, un mouvement presque identique à celui du processus analytique - à certains détails près, où se joue la solidarité entre science et psychanalyse en même temps que se fomente leur séparation.

    Ce livre est issu pour l'essentiel d'un séminaire de recherche commencé au Centre hospitalier Sainte-Anne en 2001-2004 sous le titre « Y a-t-il un cogito lacanien ? ».

  • Ces chroniques rassemblent quelques uns des déchets de notre monde, qui transforme les produits de la science en prêt-à-penser, et elles tentent d'opérer un mouvement contraire, du déchet à la lettre.

  • Désir inassouvi, morcellement des pulsions, répétition et symptôme sont les maîtres mots des effets sur le corps de l'inconscient déchiffré par Freud. L'harmonie n'est pas au programme mais bien la discordance, la déliaison et l'arrogance des jouissances cyniques. Il semble bien que le discours du capitalisme en redouble aujourd'hui les méfaits délétères, avec tous ces suicides démonstratifs mais aussi divers que ceux des terroristes, des moines tibétains, des harcelés de l'entreprise capitaliste et de tous les désespérés de notre temps. D'où la question que posait Lacan de « l'humanisation » possible de cet animal dénaturé dont Freud ne reculait pas à dire qu'il est un loup pour l'homme, alors même que de toujours il a fait société. Que dira le psychanalyste des recours possibles, lui dont l'acte exclut l'appel aux normes de quelque ordre qu'elles soient ?

  • La « névrose infantile », c'est ce qu'il est d'usage d'appeler le complexe d'oedipe. Complexe (étymologiquement noeud, croisement), il l'est en effet beaucoup plus que sa vulgarisation ne le laisserait à penser, et ce dès son élaboration par Freud.
    Lacan a très tôt interrogé l'usage de l'oedipe, soulignant les conditions socioculturelles de son élaboration, et le présentant comme un mythe qui doit être interprété.
    Ce livre est une invitation à revisiter le complexe freudien en suivant cette indication. Il s'agit ici de rechercher ce qui en fait l'efficace pour orienter un petit être entièrement soumis à sa toute puissance imaginaire vers un devenir sujet d'un désir corrélé à la loi. Il aborde ainsi, tout en laissant le chantier ouvert, les modalités contemporaines par lesquelles l'enfant est introduit dans les règles élémentaires du lien social.

  • Consacrées à la clinique, la psychanalyse et sa théorie ont cependant toujours été ouvertes à d'autres champs qui les excèdent et les éclairent. On connaît par ailleurs l'impact de la psychanalyse sur les artistes et sur l'art lui-même. Ce livre explore l'oeuvre picturale à partir des connexions entre l'art et la psychanalyse. Il se réfère à la peinture maniériste du XVle siècle, marquée par l'affectation, l'artifice, le raffinement, et la préciosité du corps pictural. Ce corps précieux du maniérisme nous fait témoin de la création du semblant, notamment à travers la représentation de la femme : il démontre, en effet, comment la maniera donne une présence à ce qui n'existe pas.

  • Ce livre est l'histoire d'une crise dans la psychanalyse.
    Ce n'est pas la première, mais elle ne ressemble à aucune autre. Jacques Lacan, pour avoir péché contre le dogme et les standards de l'Association Internationale de Psychanalyse, l'IPA, fut frappé, en 1963, d'une mesure d'exclusion analogue à une excommunication. Aujourd'hui, une même politique d'ostracisme a pris pour cibles tous ceux, nombreux, qui, dans la nouvelle Association Mondiale de Psychanalyse, l'AMP ont osé résister si peu que ce soit à l'imposition de la pensée unique.
    Quelle ironie que ces Excommunications bis, dans une association qui se voulait l'héritière de l'Ecole de Lacan ! S'assurer le monopole de la doctrine par les moyens de la politique, c'est une conjoncture inédite, du moins dans la psychanalyse. Rien de tel ne s'était produit jusque-là. Freud a triomphé dans le siècle par ses textes, non par son association, l'IPA. Pour Lacan, la différence est encore plus nette : le renouveau de son enseignement a commencé de se faire reconnaître contre l'opposition de la puissante IPA, et c'est lui, cet enseignement, qui l'a légitimé comme chef d'Ecole et non l'inverse.
    Quand, au contraire, le pouvoir légifère sur le savoir, l'amour du chef induit la soumission mentale : alors commence la secte. Face à un tel risque, il faut choisir : beaucoup l'ont fait dans cette crise, et ils sont entrés en dissidence. C'est donc l'histoire d'un combat contre un dévoiement de l'institution et du discours analytiques. Il a pris la même dimension mondiale que ce qu'il combat et il débouche sur la construction d'une alternative : celle des Forums du Champ lacanien.

  • Dans la psychanalyse le sujet qui est mis en demeure de « se dire », est par définition en manque d'identité. « Que suis-je ? » est sa question mais étant seulement représenté par ses mots, son être est « toujours ailleurs » dans d'autres mots à venir. Paradoxe donc : on cherche par la parole l'identité d'un être qui, dans la parole n'est pas identifiable. N'empêche qu'il a un corps et qu'il est rivé à des troubles que la psychanalyse, de Freud à Lacan, a bien identifés, qui ne sont pas d'accident, qui se nomme répétition et symptôme, et qui déplace la question de l'identité car Un réel y est en jeu.

  • On le constate, la parole analysante, irrésistiblement, est aspirée vers les histoires de papa maman, et toutes les figures originaires de l'enfance. Pourquoi ? Cette capture pose la question de savoir ce qui se perpétue des premiers effets de lalangue maternelle et du discours de l'Autre tant au niveau de la jouissance, pulsions et symptôme, que des options de la subjectivité. C'est la question de ce qui reste de l'enfant dans le dit adulte, et elle va de pair avec une autre, celle du poids respectifs des contingences de l'histoire, des rencontres, et des choix cependant possibles.

  • L'enseignement de Lacan a mené à la mise au clair de la dimension du Réel dans la pratique de la psychanalyse. Donner à l'inconscient réel ses titres théoriques et mettre à jour ses conséquences pratiques est ce qu'élabore le livre de Colette Soler, Lacan, l'inconscient réinventé, en retraçant, avec soin, les diverses voies qui y conduisent à partir : du statut du langage, de son sujet, de ses effets sur le noyau du symptôme, du pluriel des sexes, leur vie et ses ratages, des surprises de la langue dans les mots du sujet, des impasses de la technique, du passage à l'analyste, enfin de l'état des liens sociaux et familiaux, ce que l'on appelle en un mot la civilisation. Les quatre jours de Cerisy ont été composés avec des collègues de diverses associations et en suivant quelques unes de ces diverses pistes.

  • Il y a le discours du capitalisme et il y a celui de l'inconscient. On connait les effets disruptifs du premier sur les cohésions sociales : de partout, dans les familles, dans les couples, dans le travail, on déplore les liens insuffisants et précaires, ou à l'inverse harcelants. La psychanalyse recueille cette plainte mais elle ne la traite qu'au un par un et pour interroger ce qui, du malaise, revient à l'inconscient. De Freud à Lacan, elle a fait valoir que pour le parlant il y a un lien qui manque, et pas par accident, celui qui ferait rapport entre les jouissances des corps sexués. D'où la formule célèbre de Lacan « il n'y a pas de rapport sexuel ». Reste alors à concevoir « ce qui retient les corps invisiblement » pour suppléer à cette absence.

  • Du mythe de la pulsion à la dérive de la jouissance. Le concept de jouissance dans le champ lacanien

  • Cantor, Gôdel et Turing furent à l'origine d'une prodigieuse aventure mathématique d'où sortit une nouvelle science, et avec elle un monde nouveau, dans lequel nos civilisations ont été vertigineusement happées. Démiurges involontaires, et discrets, ils jetèrent les bases d'une ère nouvelle, et tous les fondements logico-mathématiques sur lesquels fonctionnent aujourd'hui nos ordinateurs et Internet. Cependant pour chacun le coût subjectif fut élevé. Cantor démontra que l'essence de la mathématique c'est la liberté, Gôdel établit les impossibilités inhérentes à la liberté du maniement cantorien des symboles, et Turing conçut la machine logique infaillible car incapable d'équivoque et de choix, pourtant pour tous trois l'aventure les conduisit au bord de la folie. Comment la psychanalyse ne serait-elle pas intéressée par les effets de cette révolution scientifique, dont Lacan fit tant de cas, et qui ne laisse aucun sujet indemne. Preuves à l'appui, Gabriel Lombardi démontre ici combien le sujet de la mathématique et le sujet que traite la psychanalyse relèvent de la même logique.

  • Rousseau, Joyce et Pessoa sont ici appelés comme témoins d'un pousse-à-la création dont on ne peut que s'émerveiller, à moins "d'en prendre de la graine", selon l'expression de Jacques Lacan. Freud a donné dans la psychanalyse appliquée. Lacan a inversé la perspective : la psychanalyse ne s'applique pas à la littérature, bien incapable qu'elle est de fonder le moindre jugement littéraire. Plutôt est-ce le psychanalyste qui peut se mettre à l'école de l'oeuvre ou de l'artiste lui-même, comme Lacan le fit. Hamlet-le désir, Antigone-la beauté, Gide-le fétiche, Sade et Kant-la volonté de jouissance, Edgar Allan Poe-la lettre, etc., et finalement Joyce le symptôme, en sont autant d'exemples. Ce n'est pas pour des raisons littéraires que Lacan a consacré une année de son Séminaire à James Joyce, mais parce qu'il a cru reconnaître dans Finnegans wake un usage de la lettre qui interrogeait la psychanalyse elle-même, et dans James Joyce un cas qui défiait son procédé. Dès sa thèse sur la paranoïa d'autopunition, il avait souligné les affinités de la psychose et de la création. Hôlderlin, Nerval, Van Gogh, et tant d'autres noms sont là pour dire que la forclusion, loin d'être simple déficit ou désordre, est aussi bien génératrice du hors-pair, instigatrice des qualités d'exception. Tel est le propos de ce livre.

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