• Le confinement ressemble à un méchant coup de génie: camoufler les incapacités de l'État, boucler l'espace public, interrompre le mouvement social, imposer des formes de contrôle à domicile qui font triompher le capitalisme numérique. Pourtant, au contraire des suivants, le premier confinement (qui a concerné au printemps 2020 plus de 4 milliards d'humains) fut aussi une scène de vérité, une expérience à la fois commune et solitaire radicalement inédite, peut-être décisive pour l'avenir. À condition d'interroger d'autres génies que les vautours de la pandémie: les farfadets de l'insoumission, les djinns du voisinage, les anges du ciel intérieur, les vapeurs, ennivrantes ou terrifiantes, d'un moment passé hors du temps - tous génies incités à surgir enfin, à la faveur de cette stupéfiante interruption de tout que les modernes avaient dite impossible.

    En neuf variations enlevées, neuf histoires écrites en neuf genres, ce livre explore ce qu'il nous est arrivé de neuf pendant le premier confinement. Des humeurs incertaines, des initiatives curieuses et de l'étrange soulagement qui se firent jour, une force se dégage qui nous projette au-delà de la pandémie, de la crise, de la peur: dans un monde enfin vivable.

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  • La Yougoslavie implosait. Les zapatistes prenaient les armes au Chiapas. Au Rwanda on exterminait en masse. Partout les bulles spéculatives enflaient. La techno et l'ecstasy multipliaient les nuits blanches. La France était reine du football. De grandes grèves réveillaient le mouvement social, et les idéo logues qui croyaient avoir vaincu le communisme commençaient à déchanter, pendant qu'Internet balbutiait et qu'un président américain jouait son poste sur une gâterie.
    Autre temps, si récent pourtant, que celui où prit naissance notre présent. Car dans l'intervalle entre la chute d'un mur, à Berlin, et l'écroulement de deux tours, à New York, le monde a basculé, avec les certitudes qui le portaient : celles de la fin (de l'Histoire, du social, de la guerre...), vite corrigées par le retour de l'événement, et celles du bonheur néolibéral sans alternative, que les faits comme les nouveaux résistants s'appliquèrent à démonter.
    L'ambition de ce livre est d'offrir la première histoire générale, plurielle et engagée de la dernière décennie du XXe siècle : l'ère de la « fin de l'Histoire » avait besoin de son manuel d'histoire, pour y voir s'entrecroiser culture et politique, pop et peuple(s), régressions brutales et nouvelles zones autonomes temporaires - et pouvoir passer, peut-être, de la fin de tout au début de quelque chose.

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  • Baudrillard inspirant la science-fiction, Deleuze et Guattari les pionniers de l'Internet, Foucault les luttes communautaires et Derrida toute la théorie littéraire : après avoir croisé à New York la contre-culture des années 1970, les oeuvres des philosophes français de l'après-structuralisme sont entrées dans les départements de littérature de l'université américaine, où elles ont bouleversé tout le champ intellectuel. Réinterprétées, réappropriées au service des combats identitaires de la fin de siècle américaine, elles ont fourni le socle théorique sur lequel ont pu s'épanouir, contre la régression des années Reagan, les Cultural Studies, les Gender Studies et les études multiculturelles.
    C'est l'histoire, mal connue, du succès de cette étrange « théorie française » - la déconstruction, le biopouvoir, les micropolitiques ou la simulation - que François Cusset retrace ici. Il restitue l'atmosphère particulière des années 1970 et raconte la formidable aventure américaine, et bientôt mondiale, d'intellectuels français marginalisés dans l'Hexagone. Car le plus surprenant est que, pendant que l'Amérique les célébrait, la France s'empressait d'inhumer ces dangereux échevelés de la « pensée 68 » pour louer à nouveau l'humanisme citoyen et son vieil universalisme abstrait. Au-delà, ce livre brosse un portrait passionnant des mutations de l'espace intellectuel, culturel et politique américain des dernières décennies.

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  • Les années 1980 évoquent quelques images rutilantes : les années fric et l'entrepreneur héros, les années strass et leurs stars kitsch, Le Pen et " Touche pas à mon pote ! ", Jack Lang et la fête de la musique, Jacques Séguéla et sa " génération Mitterrand ", Bernard Tapie et les Restos du coeur, le Minitel et les pin's, le cynisme des ex-gauchistes parvenus au pouvoir et la bien pensante charity-business... Que reste-t-il de cette décennie, qui est d'abord celle de l'affaiblissement général et d'un grand renoncement ? Pourquoi apparaît-elle à ceux qui l'ont vécue comme un cauchemar intellectuel et politique ? dans quelle mesure les années 1980 permettent-elles de comprendre la France d'aujourd'hui ? François Cusset montre que cette décennie digne avant tout la disparition de tout sens critique : des " experts " se mettent à professer le marché comme fin de la politique, des " intellectuels " médiatiques discourent en choeur sur la fin des idéologies et délivrent des sermons simplistes sur le " mal " et le " sens de la vie ". On a vu ainsi triompher une idéologie réactionnaire d'un genre nouveau. La télévision, devenue le coeur de l'espace public, a commencé à diffuser le bavardage publicitaire qui lui tient lieu de vision du monde. Derrière le basculement des années 1980, et tout ce qu'elles nous ont légué, on trouve des intellectuels d'Etats et des idéologues télévisuels, quelques moralistes de plume et sociologues de la pub. C'est sous ces crânes, dans ces écrits, au fil de ces discours aux sources variées, des tubes aux essais, des romans aux slogans, que François Cusset est parti traquer la vérité de cette décennie terrible. Mais il montre aussi comment la pensée critique a continué son travail souterrain, pour ouvrir, au milieu des années 1990, de nouvelles perspectives intellectuelles et politiques.

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  • Le monde est déchaîné. La violence n'y a pas reculé, comme le pensent certains. Elle a changé de formes, et de logique, moins visible, plus constante : on est passé de l'esclavage au burn-out, des déportations à l'errance chronique, du tabassage entre collégiens à leur humiliation sur les réseaux sociaux, du pillage des colonies aux lois expropriant les plus pauvres... L'oppression sexuelle et la destruction écologique, elles, se sont aggravées.
    Plutôt qu'enrayée, la violence a été prohibée, d'un côté, pour « pacifier » policièrement les sociétés, et systématisée de l'autre, à même nos subjectivités et nos institutions : par la logique comptable, sa dynamique sacrificielle, par la guerre normalisée, la rivalité générale et, de plus en plus, les nouvelles images. Si bien qu'on est à la fois hypersensibles à la violence interpersonnelle et indifférents à la violence de masse. Dans le désastre néolibéral, le mensonge de l'abondance et la stimulation de nos forces de vie ont fait de nous des sauvages d'un genre neuf, frustrés et à cran, et non les citoyens affables que la « civilisation » voulait former. Pour sortir de ce circuit infernal, et de l'impuissance collective, de nouvelles luttes d'émancipation, encore minoritaires, détournent ces flux mortifères d'énergie sociale. Mais d'autres les convertissent en haines identitaires et en replis patriotes. Qui l'emportera ? De quel côté échappera toute la violence rentrée du monde ?

  • Conversation avec Régis Meyran.

    Cynisme économique, rendement optimal, narcissisme en réseau, normalisation sociale, conservatisme moral, crispation sécuritaire, recul de la démocratie au profit des experts, et en réaction, tentations de recroquevillement national ou de folie théocratique... Et si, derrière leur diversité, toutes ces facettes de notre présent formaient les éléments d'un seul puissant virage à droite de la planète entière ? Initié en Occident à la fin des années 1970, puis renforcé par le démantèlement du bloc soviétique dix ans plus tard et le décollage du capitalisme dans tout le sud du globe, ce tournant est-il irréversible ? C'est cette hypothèse générale d'une droitisation du monde depuis près d'un demi-siècle que François Cusset déplie ici au fil de la discussion. Il revient sur les fourbes années 1980, sur l'alliance des années 2000 entre néolibéraux et néoconservateurs, sur la prise en charge « biopolitique » de nos vies et l'engrenage marchand de la révolution numérique. Et surtout, contre la fatalité d'un tel tournant, il guette l'apparition de résistances nouvelles et pointe le réveil des forces d'émancipation - qu'on les nomme ou non « de gauche » -, des forces encore dispersées mais résolues à combattre.

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  • Queer critics

    François Cusset

    • Puf
    • 3 Septembre 2002

    La collection "Perspectives critiques", dirigée par Roland Jaccard, écrivain et journaliste, et Paul Audi, philosophe et écrivain, publie des textes de psychiatrie, de psychanalyse, de sociologie, de pédagogie et d'esthétique, échappant à toute orthodoxie et s'inscrivant dans un cadre interdisciplinaire. Elle propose des essais clairs, rigoureux et polémiques, écrits par des universitaires ou des chercheurs et visant à démystifier l'imaginaire personnel et collectif. Elle accueille également les témoignages de ceux qui ont contribué à façonner l'univers mental et social de l'homme post-marxien et post-freudien.
    La collection a fêté son 25ème anniversaire en septembre 2000.

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  • Élaboré à l'occasion de la grande exposition du Centre Pompidou-Metz (« 1984-1999, La Décennie », inaugurée le 24 mai), ce livre collectif est une histoire politique et culturelle, première du genre, de la dernière décennie du XXe siècle et qui exigeait donc d'avoir son manuel d'histoire, résolument critique, engagé et transdisciplinaire. Si le cadre reste mondial, avec une perspective internationale, les exemples les plus détaillés seront tirés du cas français, conçu ici comme emblématique.

  • Un jour de feu, comme si la ville avait toujours été à nous.
    Un seul jour de feu, pour un reste de vie tiède.
    Longtemps après, on vit sans nous, chacun pour soi.
    Mais on se retrouve par hasard, une nuit entière, on retrouve nos forces, et un fantôme.
    Notre temps à nous.
    À l'abri du déclin du monde.

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  • Les jours et les jours, c'est un journal intime entièrement fictif, mais au plus près des peurs, des obsessions et des admirations de son auteur (qui y rencontre qui il veut, Héraclite ou Proust, McEnroe ou Lucie Aubrac, et y fait ce qu'il veut, par exemple piéger Karl Lagerfeld ou balancer des déjections sur quelques fâcheux).
    C'est un hommage aux puissances d'invention de la littérature (seule à permettre de se réveiller un jour en 1942, le lendemain en 2042.) mais aussi une façon fantasque d'inverser le principe même de l'autofiction : là où elle prétend que tout est vrai mais que ce n'est pas moi (l'auteur) qui l'ai vécu, j'affirme que j'ai vécu tout cela mais que rien n'y est vrai, ou alors, tout simplement, que les images qui nous viennent sont plus vraies que les choses qui nous arrivent.
    C'est aussi un exercice d'écriture sur le rapport entre le fragment (puisqu'il y a pour chaque jour de ce journal quelques lignes ou quelques pages), la répétition (l'écho de quelques motifs récurrents) et l'événement (puisque chaque jour est absolument singulier), exercice d'articulation de tout ça quelque part entre la poésie du rien répété et la prose du grand événement rêvé, ou l'inverse (en tout cas le croisement de ces deux voies de la littérature moderne).
    C'est enfin une démonstration par l'absurde, mais aussi par l'émotion de ce qui arrive à ce diariste faussement détaché, qu'il faut bien vivre, et qu'aucun décret de détachement, aucune décision de grand retrait ne sauraient nous y faire échapper, puisque l'auteur se présente ici comme quelqu'un qui s'est détaché, pour ne plus souffrir du manque ou du regret, de la perte ou de la frustration, mais qui manifestement n'y arrive pas, son imagination ou ses nostalgies le faisant remonter à la surface, le renvoyant à cette vie à laquelle il a eu la naïveté de croire qu'il pourrait dire « non merci ».

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  • A chaque commémoration de Mai 68, les embaumeurs ressortent leurs oripeaux photographiques. Ils nous remâchent leurs camaraderies d'anciens combattants, s'arrogent les rôles de premiers plans et, sans s'expliquer sur leurs reniements passés et présent, momifient l'épisode soixante-huitard pour la plus grande joie des fossoyeurs, leurs alliés - qui parlent haut et fort d'à tout jamais " liquider l'héritage ". Montrer que ceux-ci et ceux-là font oeuvre commune, comprendre que le mausolée qu'ils honorent ou méprisent a d'abord pour fonction d'interdire toute action collective à venir, rappeler la dimension internationale effervescente de 68, ressaisir l'essence imprévisible de l'événement et, enfin, renouer avec l'esprit de révolte : tel est le salutaire contre-discours que leur oppose, dans ces pages, un des meilleurs historiens du monde intellectuel - et de ses trahisons.

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