Seuil

  • Le désespoir est un péché. Elle avait honte de laver les latrines, de jeter les poubelles. Elle avait honte de manger et de boire. Elle avait honte de sa bosse, de ses vêtements, de son matelas, de sa mère, du père qu'elle n'avait pas. Elle avait honte de son corps. Elle se mit à maigrir et ses pantalons, deux vieux pantalons qui avaient appartenu à Nour, la fille aînée de la maison, étaient maintenant trop larges. Elle devait les faire tenir avec un cordon qu'elle serrait fort. La maison Nassour était comme frappée du silence de sa honte. Son nom n'y retentissait plus comme avant : Nada ! Nada ! Mais que restait-il dans cette demeure, à part Ichhane qui, lui-même, ne l'appelait plus ? Destin d'un coeur simple confronté à un lourd secret de famille, l'histoire de Nada s'écrit sur le fil invisible et mouvant qui sépare l'ombre de la lumière dans le patio.

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  • «L'entrevue se passe dans la cuisine. Sur la table, quelques légumes jetés pour la soupe du soir. Le docteur est venu rencontrer l'homme aux membres gagnés peu à peu par un bleuissement, un désespoir du corps, pour lui proposer d'entrer à l'hôpital, de tenter une opération. Il y a une tumeur palpable au niveau du sacrum. Le malade dit qu'il en a vu d'autres se faire charcuter et en mourir. Il n'est pas preneur. Le chat est entré avec précaution et trace sur les dalles ébréchées un trajet lancinant du médecin au patient et du patient au médecin.
    Le praticien pose des questions hésitantes qui se heurtent au silence. Pas un hochement de tête, pas un battement de cils. Juste cette détermination sans couleur. J'irai jusqu'au bout voilà c'est tout.» Après un long séjour en Afrique, Jean est de retour dans son village natal. Il est très malade. Mais il décide de repartir vers le soleil. Sa soeur, Maïssa, l'accompagne. Il est à bout de forces et très vite s'effondre. Au plus près des corps et des sensations, ce livre, où, dans la détresse, les liens de fraternité deviennent incandescents, évoque un certain été 1891 que vécurent Rimbaud et sa soeur Isabelle.

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  • Le diamantaire

    Yasmine Khlat

    • Seuil
    • 5 Janvier 2006

    Lila a quarante-cinq ans, elle s'est retirée dans la montagne libanaise, dans une maison que lui a léguée son père. Elle se demande si le temps des renoncements est déjà là, sans qu'elle l'ait senti venir. Dans la maison d'à côté vit un homme, un musicologue qui écoute en boucle les mêmes morceaux, des oeuvres de Pascal Dusapin auxquelles elle ne peut s'empêcher de prêter l'oreille et qui l'émeuvent infiniment. Le musicologue a des yeux bleus, mais il est peu loquace et tous deux se croisent à peine. Derrière lui, il y a l'ombre de ce compositeur avec lequel Lila vit une sorte de relation immatérielle et à distance, enquêtant sur sa vie sans qu'il le sache. C'est pour lui qu'elle
    écrit cette longue lettre, et c'est lui qui la sauve, à son insu, lorsqu'une maladie sévère la frappe et qu'elle refuse les traitements. A la fin, le musicologue s'en va et les morceaux tant aimés ne résonnent plus dans l'atmosphère, mais cela n'a pas d'importance, Lila aura appris à ne plus avoir peur du silence, de la nuit et de ses souvenirs de guerre.

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